L’ange barbu du Mont Saint Helens

David Johnston

L’ange barbu du Mont Saint Helens

Me voici, pour l’instant, seule maitresse en cette demeure. Aussi, pour ce premier sujet, je ne peux pas résister à la tentation d’ouvrir mon livre de la passion volcanologique aux pages de ce volcan que j’affectionne tant : le mont Saint Helens et l’éruption de mai 1980.

Fascination sans failles

Pourquoi est-il fascinant le St Helens ? En quoi est-il diffèrent des autres volcans qui produisent des panaches, chaque semaine, partout dans le monde et dont je vous parle tout les jeudis ?

D’un point de vue de la volcanologie pure et dure, c’est sa dynamique éruptive qui est assez inhabituelle et qui donc pique la curiosité. La dynamique éruptive, c’est la façon dont il a fonctionné: ici, il s’agit de la croissance d’un dôme sous un volcan pré-existant. Je ne détaillerai pas aujourd’hui, j’aurai l’occasion d’y revenir.

Quoi d’autre ? L’abondance avec laquelle il a été documenté, les photos, les mesures du gonflement du volcan, les semaines de surveillance en amont de l’éruption, puis l’étude des dépôts. Ce foisonnement était assez nouveau au début des années 80 et toutes ces données ont abreuvé des pages et des pages d’études pour certains de mes petits camarades. Abreuver, oui, c’est le mot qui convient, parce que c’est bien de soif dont il s’agit. Nous avons soif, tous soif de les comprendre, de les voir, de les sentir. Nos volcans.  Au St. Helens, l’experience fut plus que désaltérante, les cryptodômes, les déstabilisations de flancs de volcans, les formations de panaches et de dépôts ont pu y être mieux compris. De même la gestion du risque y fut enrichie par une expérience plus que positive.

Et puis enfin… Enfin, si on choisissait de faire de la volcanologie uniquement sur des bases cartésiennes et raisonnables, on irait pas bien loin. Alors il y a aussi l’inexplicable, le St. Helens est beau, majestueux, fièrement assis sur la chaine des Cascades, un brin provocateur.  Tout ne peut pas être démontré, tout le temps et c’est une chose dont il faut, à mon sens, se réjouir.

David Johnston, premier témoin de l’éruption

Pour donner à lire dans un premier temps quelque chose qui ne soit pas d’emblée chargé de vocabulaire scientifique et d’aspects théoriques, Je vais attaquer l’éruption du St. Helens par la petite histoire, l’histoire du volcanologue qui, malgré lui, en est devenu l’emblème, le 18 mai 1980. David Johnston.

Ce matin là, David Johnston occupait un poste d’observation réputé comme étant à l’écart de la zone à risque et situé à 10 km au nord du sommet du mont Saint Helens. Le ciel était limpide, tout respirait la tranquillité avec le chant des oiseaux, les tâches de couleurs des fleurs, tout ce qu’il faut pour faire un tableau bucolique et apaisant.

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Johnston, alors chargé de l’étude des gaz volcaniques, conversait par radio avec ses collègues de Vancouver ; le regard posé sur le somment du Saint Helens, dont la déformation sur un côté du sommet atteint alors plus de 100m.

Et puis soudain:

« Vancouver! Vancouver! This is it! »

« Vancouver! Vancouver! Le voilà! »

Ce furent ses dernières paroles. C’était le 18 mai 1980, à 8h32. Ensuite, ne resta que le silence radio et l’image de Johnston, figée dans son éternelle jeunesse, avec sa gueule mal rasée, ses cheveux en bataille et le sourire effleurant les lèvres.

Le saint Helens est entré en éruption. Johnston est le premier à informer ses collègues et toute la communauté scientifique de ce qui se passe sur ce volcan de la chaîne des Cascades, à l’ouest des Etats-Unis, ce que tous attendent depuis plusieurs semaines.

L’éruption qui suivra sera cataclysmique, dévastatrice, apocalyptique, dégageant une énergie équivalente à 350 mégatonnes de TNT soit la puissance de  27 000 bombes atomiques type Hiroshima. Tout ça sous ce que certains appelaient le « Fuji américain », avec ses pentes fleuries et ses petits oiseaux.

Le sommet du volcan perd 400m d’altitude, il est décapité en quelques secondes et David Johnston n’y survivra pas, soufflé par la violence de l’explosion, son corps engloutit par les coulées pyroclastiques et les cendres. Avec lui périrent cinquante-sept personnes, des bûcherons, des personnes ayant refusé d’être évacuées et surtout des curieux qui avaient pénétré clandestinement dans la zone malgré l’interdiction formelle en cours.

Johnston fut celui qui, plus que tous, estimait le risque sur ce volcan comme éminemment tangible. En partie grâce à lui, le dispositif d’évacuation est poursuivi et 30 000 personnes sont maintenus hors de la proximité du volcan, tout cela malgré les pressions politiques et l’opinion publique. Haroun Tazieff n’a t’il pas affirmé que l’avacuation des populations autour de la zone du St Helens est « absolument inutile»?

Pour ce qui est de son parcours personnel, Johnston contracte le « virus » des volcans vers 1971, en étudiant des « vestiges » de volcans, filons de gabbro et diorites (ouh, deux gros mots…), dans des roches précambriennes du Michigan.

Sa première expérience des volcans actifs a lieu en 1975 lors d’un relevé géophysique sur le Mont Augustine en Alaska. Lorsque l’Augustine entre en éruption l’année suivante, Johnston décide de lui consacrer son travail de thèse. Et la passion ne le quitte plus.

En 1978, Johnston intègre l’USGS (United States Geological Survey). Il travaille sur l’activité volcanique de l’arc des Cascades et des Aléoutiennes. Il est convaincu que les éruptions sont prévisibles par la mesure des changements dans la composition des gaz volcaniques et donc par le suivi systématique des émissions de fumerolles.

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David Johnston sur le St Helens; avec un instrument dédié à la mesure du SO2; le 2 avril 1980; courtesy of the U.S. Geological Survey

Lorsqu’un tremblement de terre a secoue le mont St. Helens le 16 Mars 1980, sa curiosité est aiguisée par l’avènement possible d’une éruption. Il devient en toute logique chef de file au sein de l’équipe de l’USGS pour la prise en charge de la surveillance des émissions de gaz volcaniques sur le site.

Le poste d’observation « Coldwater II »; où il se trouve au moment où le St. Helens entre en éruption;  aurait du être occupé par l’un de ses collègues, Harry Glicken. Mais, ce dernier ayant du se rendre à un entretien important pour obtenir un poste en Californie, Johnston le remplace au pied levé le 17 au soir. Ironie ou acharnement du sort, Glicken meurt dans des circonstances similaires, 11 ans plus tard, au Japon, sur le mont Unzen, en compagnie des époux Krafft.

L’éruption du 18 mai fauche Johnston dans sa trente et unième année. La communauté scientifique qui lui rendra hommage de multiples façons.

Le 18 mai 1982, le bureau de l’USGS à Vancouver est renommé David A. Johnston Cascades Volcano Observatory (CVO) à sa mémoire.

A l’Université de Washington (où il avait poursuivi son travail de maîtrise et de doctorat) un fonds commémoratif porte son nom, mettant en place un système de bourses et de récompenses.

En 1997, à l’endroit où il pérît un petit observatoire voit le jour : le Johnston Ridge Observatory (JRO). Il permet au public de contempler le cratère actuel du St Helens, l’activité et les conséquences de l’éruption de 1980. Il dispose également d’un théâtre et d’une salle d’exposition et il est équipé de matériel de surveillance.

Car le Mont St. Helens n’a pas dit son dernier mot.

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