Bardarbunga… ou pas?

Le Bárðarbunga, le volcan islandais qui donne l’impression que Eyjafjallajökull était facile à prononcer…

Le Bardarbunga… celui dont on a parlé, parlé puis qu’on semble avoir oublié.

On a pu entendre et lire que le Bardarbunga était moribond, c’est faux. Le Bardarbunga est bel et bien toujours actif et bel et bien sous haute surveillance car on ne sait pas comment l’histoire de son éruption va se terminer.

Voici, en quelques points, ce qu’il faut savoir sur ce mystérieux volcan islandais: ce qu’il est, ce qu’il en est ces jours-ci de son activité et ce à quoi on peut s’attendre.

Je tiens à remercier le Icelandic MET Office qui m’autorise à utiliser son matériel et à rediffuser et expliquer le travail et les données récoltés par nos collègues sur le terrain. Si vous voulez ne rien rater, consultez leur site (en anglais), mis à jour quotidiennement  : ici

I really thank the Icelandic MET Office to let me use his own pictures and datas from fieldwork.

Mais où se situe ce volcan?

Là:

Comment ça se prononce Bardarbunga?

Comme ça: cliquez ici pour entendre Bardarbunga 

Pourquoi en a t’on tant parlé ?

Parce qu’il y a 4 ans (c’était au printemps 2010), un petit volcan islandais mettait la pagaille dans le transport aérien mondial. Ce volcan, c’était l’Eyjafjöll. Alors raccourci journalistique, si un volcan islandais rentre en activité 4 ans plus tard… et ben et ben, ça va nous faire pareil hein ?

Et ben non. Il se trouve que pour le moment, les pilotes d’Air France et le volcan Ontake sont plus perturbateurs de la tranquille aviation civile que les volcans islandais. Le Bardarbunga n’a pas cloué les avions au sol, lui.

Qui est-il ?

Le Bardarbunga est un volcan sous-glaciaire, il est situé sous la partie nord-ouest de la plus grande calotte glaciaire d’Islande : le Vatnajokull.

Le Bardarbunga n’est pas ou peu connu et c’est bien dommage. C’est un système très intéressant et ce par plusieurs aspects.

D’un point de vue géodynamique, d’abord, le Bardarbunga surplombe, avec son voisin le Grímsvötn, le panache issu du point chaud mantellique qui se situe sous l’Islande. Concrètement, une bouffée chaude remonte du manteau terrestre sous l’Islande, c’est cette bouffée qui explique pour moitié le volcanisme islandais. Pour moitié en effet, car l’Islande a ceci de particulier : elle est à la fois sur un point chaud et à la fois au niveau d’une zone d’écartement (divergence) de plaques tectoniques (l’Islande est pour ainsi dire traversé par une longue déchirure géologique). La combinaison de ces deux phénomènes est unique au monde.

D’un point de vue de son ampleur et de sa complexité ensuite. Le Bardarbunga est un système volcanique, fait de l’emboitement de plusieurs entités de natures différentes. C’est un édifice colossal avec 190 km de long pour 28 km de long en moyenne.

Le noyau central de ce système volcanique est une caldera, dite de Bardarbunga.

Caldera ?

(Ne faites jamais un scrabble avec un/une volcanologue…)

C’est quoi une caldera ? La meilleure image de la caldera, c’est la marmite. Une caldera est plus ou moins circulaire, disons patatoïdesque (en forme de patate).

Comment se forment-elles ces marmites géantes ? Dans la plupart des cas, la caldera se forme sur un réservoir de magma, à faible profondeur, qui se vidange brutalement. Tout simplement, cela revient à dire que le toit du réservoir magmatique s’effondre sur le vide laissé par la lave qui a brutalement pris la tangente. La présence de magma permettait de supporter le toit le la chambre magmatique. Le magma parti, le poids des roches au dessus de la chambre n’est plus soutenu, il s’écroule. Cela crée ces grandes dépressions, les calderas, et ceci au prix d’éruptions cataclysmiques, très violentes.

Et bien le Bardarbunga c’est ça avant tout: une immense marmite, formée par la vidange d’un réservoir magmatique peu profond. Cette caldera se trouve sous la partie-nord ouest de plus grosse calotte de glace islandaise, le Vatnajökull, et se trouve « cachée » sous 700 m de glace.

bardarZOOM
Entre le Bardarbunga et la fissure active de Holuhraun se trouve le lobe glaciaire de Dyngjujökull (menacé de fonte si l’activité se déplace vers le sud, scénario n°2)

 

Sauf que… ça ne correspond pas du tout à ce que l’on voit sur les images de l’éruption, diffusée depuis la fin août.

Pour schématiser, ce sont les marges de la caldera qui sont actives actuellement et pas exactement la caldera de Bardarbunga.

Une caldera ne se forme pas dans la tranquillité, vous pouvez l’imaginez: toute la croûte terrestre environnante est étirée, chahutée, elle se craquèle. La caldera met la pagaille dans la géologie environnante. N’oublions pas qu’en plus, du point chaud, le Bardarbunga se situe sur une zone de divergence de plaque, ce qui implique également une fracturation importante de la croûte terrestre. Il y a donc tout un réseau de fissures associées à la caldera de Bardarbunga et qui se situe dans le prolongement de celle-ci, comme des cheveux autour d’une tête.. Ce réseau de fissures s’étend sous la glace et même sort de la calotte glaciaire : c’est le cas de la fissure active dont je parle ici chaque semaine : celle de Holuhraun. C’est l’une de ces fissures précisément qui est active en ce moment.

Entre la caldera de Bardarbunga et la zone active de Holuhraun se trouve le Dyngjujökull: c’est un lobe glaciaire situé à l’extrémité septentrionale du Vatnajökull (l’énorme calotte de glace située au sud-est de l’Islande).

D’autres fissures « cheveux » ont déjà connu des éruptions similaires par le passé. Les plus connues sont celles de Veidivötn, Trollagigar et Thjorsarhraun. Elles ont produit des éruptions très volumineuses comme, par exemple, celle de Thjorsarhraun qui a produit le plus grand écoulement de lave connu sut Terre à l’époque de l’holocène (environ 4500 ans avant JC) avec un volume dépassant les 21 km3.

Enfin, le système sous-glaciaire dit de Loki-Fögrufjöll, situé au sud-ouest du de la caldera Bardarbunga fait également parti de cet ensemble volcanique.

Vatnalarge
Bardarbunga, Grímsvötn et Askja

 

Pour saler davantage la soupe, plusieurs des zones constituant le système Bardarbunga peuvent entrainer des éruptions sous glaciaires. C’est à dire que le matériel chaud issu du volcanisme fait fondre la glace qui le recouvre et provoque le relâchement de grosses quantités d’eau (débâcle) appelés Jökulhlaups. Les éruptions sous-glaciaires peuvent aussi se révéler explosives et s’accompagner de nuées ardentes (des écoulements de roches pulvérisés, très chauds et très rapides, tel celui qui a ravagé Saint Pierre en 1902).

Le Bardarbunga est donc un système complexe, pouvant provoquer plusieurs sortes de manifestations volcaniques, de bien plus grande ampleur que l’éruption fissurale en cours.

L’éruption en cours

 

En août de cette année, l’activité sismique reprend sous la calotte glaciaire de Vatnajokull, au niveau du Bardarbunga. L’alerte est activée puisque cette intense activité (jusqu’à plus de 1000 évènements par jour) est tout de même un signe : oui, il se passe quelque chose. Quant à dire quoi, cela est plus délicat.

La sismicité est au volcan ce que la fièvre est à l’homme : un signal d’alarme dont il n’est pas toujours évident de décrypter et anticiper les suites.

Le 29 août, le volcan s’exprime : une fissure ancienne se réactive dans le secteur de Holuhraun. Elle est toujours active actuellement et les quantités de lave émise recouvrent environ 40 km2.

Etendue actuelle du champ de lave  (26/09/14). Image courtesy of Iceland MET Office and Institute of Earth Sciences.
Etendue actuelle du champ de lave (26/09/14).
Image courtesy of Iceland MET Office and Institute of Earth Sciences.

 

L’activité s’accompagne toujours d’une sismicité significative (les cartes sont ici) au niveau de la caldera (un séisme de magnitude supérieur à 5 casi-quotidiennement) et autour du site de l’éruption fissurale (de magnitude plus faible : inférieure ou égale à 2) et d’une importante production de gaz (notamment du dioxyde de soufre, SO2).

Panache éruptif, le 26/09 à 17h33. Image courtesy of Icelandic MET Office. Photographer: Photo: Martin S. Riishuus.
Panache éruptif, le 26/09 à 17h33.
Image courtesy of Icelandic MET Office. Photographer: Photo: Martin S. Riishuus.

 

Un autre évènement important consiste dans la subsidence observée au dessus de la caldera du Bardarbunga : plus clairement, la calotte glaciaire située au-dessus de la caldera s’enfonce et de façon non négligeable. Cet enfoncement se poursuit actuellement. Des mesures GPS montrent également que la croûte terrestre au niveau de la caldera s’enfonce.

C’est un élément très important  dans la prise en compte du risque et l’établissement de scenarios pour les semaines à venir.

La zone de subsidence (ou enfoncement) du glacier est située au-dessus de la cadrera du Bardaarb
La zone de subsidence (ou enfoncement) du glacier est située au-dessus de la cadrera du Bardaarb

La surface recouverte par les coulées s’étend et il n’y a aucun signe de diminution de cette éruption (contrairement à ce qui a pu être dit dans la presse française).

L’IMO (Icelandic MET Office) conclut l’ensemble de ses études par trois scénarios possibles concernant la suite de l’éruption :

1 – L’éruption fissurale de Holuhraun décline, la subsidence au niveau de la caldera s’arrête (bref, tout s’arrête)

2- La subsidence à grande échelle persiste au niveau de la caldera (sous le glacier), ceci ayant pour conséquence de prolonger, d’entretenir et d’intensifier l’éruption en cours à Holuhraun. Dans ce cas, il est probable que la fissure active se prolonge vers le sud, en direction puis sous le glacier Dyngjujokull (situé entre le Bardarbunga et la fissure de Holuhraun). Cela provoquerait alors une de ces fameuses débâcle glaciaire (jokulhlaup) ainsi que d’une production de cendres. Les fissures pourraient se développer à des endroits divers sous le glacier.

3- La subsidence à grande échelle se poursuit, provoquant une éruption en marge (au bord) de la caldera. Une telle éruption provoquerait une fonte massive de la calotte glaciaire et donc un jokulhlaup d’importance, s’accompagnant de production et de chutes de cendres.

L’éruption du Bardarbunga est donc bien loin d’être à l’arrêt. Les paramètres de l’éruption sont constamment à l’étude et celui-ci fait l’objet d’une surveillance pluriquotidienne.

Le reste l’histoire est à écrire, et c’est ce qui la rend palpitante.

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10 réflexions sur “ Bardarbunga… ou pas? ”

    1. C’est exact. Je me permets de souligner que son nom est mentionné dans le texte « D’un point de vue géodynamique, d’abord, le Bardarbunga surplombe, avec son voisin le Grímsvötn… »
      Le Grímsvötn est situé à environ 20 km au SSE du Bardarbunga. C’est un complexe volcanique très semblable à celui dont il est question dans l’article. Sa dernière éruption date du 21 au 28 mai 2011 mais on a pu détecter une légère activité de ce volcan fin mars 2014. Merci beaucoup pour votre commentaire.

      1. Si je vous ai envoyé ce commentaire c’est parce que le nom du Grímsvötn apparaît sous la forme « Grimstorvn » dans le texte qui s’affiche sur mon ordinateur. J’en profite pour rectifier ma propre erreur car j’ai oublié le premier « r » dans Bárðarbunga.
        Merci pour vos infos.

      2. Bonsoir, Si vous rectifiez votre texte, vous pouvez effacer mes commentaires. Je ne sais pas quelle est l’origine de vos infos mais j’ai vu que vous avez le lien avec la météo islandaise (vedur.is). Au cas où vous ne les connaîtriez pas, je vous indique deux liens supplémentaires qui donnent des résumés en anglais avec vidéos et photos: la radio-télé nationale: http://www.ruv.is/volcano un quotidien islandais:  http://www.visir.is/news Cordialement. Danielle Bisch

      3. Mes infos scientifiques proviennent de l’IMO (Icelandic MET Ofiice! et de l’Institute of Earth Sciences at the University of Iceland. Ces deux organismes sont la source de toute information car ce sont les deux qui missionnent les volcanologues sur place. Toutes les autres infos ne font que dériver de leurs travaux. Les sources que vous citez également: elles reprennent leurs données. Sur les liens que vous mentionnez, on trouvera en sus des images de presse (dont on ne se lasse pas mais ce n’est pas forcement le plus parlant en terme de volcanologie). Beaucoup de leurs videos sont également obtenues des volcanologues qui travaillent sur place (j’en ai reconnu une faite par un ami). Donc, je reste à la source, d’une part parce que l’IMO m’autorise gentiment à les diffuser et d’autres part parce que j’ai contact avec certains de mes camarades volcanologues travaillant pour ces instituts. Pour le Institute of Earth Sciences at the University of Iceland: voir ici http://earthice.hi.is/bardarbunga_2014
        Bonne journée.

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