Ontake: éruption imprévue?

Au Japon, après l’éruption du Mont Ontake samedi dernier, le bilan humain s’alourdit. Pourquoi n’avait-on pas évacué? Cette éruption était-elle imprévisible? Elements de réponse sur le Volcablog.

L’activité sismique est au volcan ce que la fièvre est au patient… (source de cette brillante citation? Moi…)

Au Japon, le bilan humain le plus lourd depuis 1991

Ici, on voit bien l’écoulement pyroclastique, amas de blocs, cendres et gaz qui dévale la surface des flancs du volcan. Il rase le sol pour ainsi dire. C’est un écoulement de ce type qui a blessé ou tué les randonneurs sur place.

Sur les pentes du volcan Ontake, entré en éruption samedi 27 à 11h52 locales, il y a actuellement 10 décès confirmés et 36 personnes présumées mortes. Pour ces dernières, les autorités japonaises sont très prudentes et emploient le terme « d’arrêt cardio-respiratoire ». C’est le terme d’usage au Japon avant de prononcer définitivement le décès. Malheureusement, il ne reste guère d’espoir quant au fait de retrouver ces personnes indemnes. Pour le moment, seules 5 personnes sont confirmées comme mortes. (source : Reuters France)

Une soixantaine d’autres personnes ont été blessées du fait des chutes de blocs brûlants et de cendres (il s’agissait d’un écoulement pyroclastique).

Le bilan devrait être précisé dans les jours à venir.

Au Japon, il n’y avait plus eu de victimes du volcanisme depuis 1991 (à l’Unzen, 43 morts à l’époque).

L’éruption continue et la JMA (Japan Meteorological agency) a porté le niveau d’alerte à 3 sur une échelle de 1 à 5.

Ontake:FUji
Ontake et Fuji: au centre d’Honshu

 

N’y avait t’il aucun moyen de prévenir cette éruption ?

Ah la la, on entend déjà les cornes de brume de l’indignation « ah ces guignols de scientifiques, avec tout leur matériel ; vraiment des bons à rien hein ? »

Et mais voilà, la volcanologie n’est pas un long fleuve tranquille.

Restons calmes et buvons frais, posons nous quelques questions…

Y a t’il eu des signes précurseurs ?

Oui et non à la fois.

Dans l’absolu, oui, il y en a eu : la JMA (Japan Meteorological Agency) avait enregistré une série de séismes depuis le 10 septembre, avec un maximum d’activité le 11 (85 évènements ce jour-là). L’activité sismique était toujours tangible (des séismes basse fréquence) mais avec une faible fréquence quotidienne. Et à part ça, non, il n’y a pas eu de déformation du sol, ni d’activité fumerolienne associée. Seulement ces quelques séismes quotidien, ce qui est assez ténu en terme de signes pré-éruptifs.

Pas franc, Monsieur Ontake…

Par conséquent, le niveau d’alerte était resté à 1 sur une échelle de 1 à 5. Les municipalités environnantes avait été prévenues mais sans pour autant qu’il y est de restriction d’accès.

La meilleure façon de vous expliquer ce qui peut ici sembler inattendu et même « choquant » tient dans cette analogie : il y a des virus, des formes de grippes que la médecine ne sait pas soigner. Il y a aussi des symptômes bénins qui cachent une maladie létale: par exemple, une simple angine peut être l’expression discrète d’une leucémie.

J’ai déjà comparé l’activité sismique sur un volcan à une « fièvre ». Comme une fièvre chez un patient, la reprise de l’activité sismique sur un volcan peut cacher bien des choses.

Il n’y a pas un seul type de séisme qui puisse être observé sur un volcan : profond, superficiel, longue période, court, du à des éboulis : il y a quantité de séismes différents. Certains sont très « parlants » d’autres le sont moins.

En volcanologie comme en médecine, il y des signes précurseurs, des symptômes qui ne sont pas francs et qu’il n’est pas facile d’interpréter. L’activité sismique de l’Ontake entre dans ces cas de figures où tous les scénarios sont possibles et où c’est le pire qui est arrivé.

Une éruption particulière dans une zone très fréquentée

Des experts, tel que le volcanologue Yasuyuki Miyake, professeur de Volcanologie à l’Université de Shinshu et spécialiste du volcan Ontake pense qu’il s’agit là d’une éruption phréatique. Il est rejoint dans cette analyse par les représentants de la JMA.

Takayuki Kaneko, professeur assistant de volcanologie à l’université de Tokyo (Tokyo’s Earthquake Research Institute) qui s’est rendu sur le site a pu observé 2 à 3 mm de dépôt de cendres. Il ajoute que ces cendres étaient comme agglomérées (un peu comme des graines de sésame), ce qui laisse supposer qu’elles étaient humides et renforce donc l’hypothèse d’une éruption phréatique.

Qu’est ce donc que cela ?? Et bien, une éruption phréatique, ça se passe quand un matériel chaud d’origine volcanique (lave, blocs, dépôts) se met en place sous une couche d’eau de surface ou de profondeur  (un lac, une nappe phréatique, la baignoire d’Haroun Tazieff). L’eau est portée à ébullition, elle devient donc gazeuse (de la vapeur) et ladite vapeur n’a d’autres choix que de s’échapper brutalement en générant des explosions. Explosions, plus ou moins confinées, qui entrainent ou non ce qui traine à leurs portées (roches environnantes, lave…).

Les éruptions phréatiques sont difficiles à prévoir. Il faudrait pouvoir connaitre parfaitement la position des réservoirs magmatiques, des filons tout autant que des nappes d’eau concernées. Ce qui n’est déjà pas évident. il faudrait également pouvoir connaitre précisemment à partir de quel instant l’interaction eau/magma va connaitre son point de rupture (une pression excessive entrainant une(des) explosions(s)). Et tout cela est loin d’être trivial. De fait, les éruptions phréatiques sont particulièrement dangereuses puisqu’explosives et de surcroit difficiles à anticiper.

De plus, le volcan Ontake est un lieu de pèlerinage très important dans le centre de Honshu. Il y avait donc plusieurs centaines de randonneurs samedi dernier. Naturellement une présence humaine dense multiplie le risque d’avoir un nombre de victimes élevé (d’autres volcans du monde connaissent des éruptions et explosions chaque semaine, mais loin de tout et de tous… ils n’intéressent que les rudes volcanologues que nous sommes et les curieux que vous êtes.

 Les suites à attendre ?

Le JMA nous informe que le colonne éruptive a atteint 7000m de haut. Son effondrement a généré des écoulements pyroclastiques (comme j’avais déjà pu le faire remarquer samedi) avec une température relativement faible par rapport à ce qu’on rencontre sur de tels écoulements (valeurs non communiquées).

Le panache de cendres et gaz consécutif à l’eruption se disperse dans le ciel japonais.

Koshun Yamaoka professeur de tectonique à l’Université de Nagoya suppose que l’activité va continuer une semaine ou deux encore.

L’éruption n’est donc pas finie. Je l’évoquerai désormais dans mon rapport hebdomadaire. On sait désormais qu’il faut se méfier des colères de Monsieur Ontake.

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3 réflexions sur “ Ontake: éruption imprévue? ”

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