Archives pour la catégorie Brèves d’éruptions

Les 100 jours du Bardarbunga!

100 jours d’activité…c’est le seuil franchi le 9 décembre 2014 par le Bardarbunga. L’occasion de dresser un petit bilan et de comparer cette éruption avec d’autres éruptions islandaises majeures. Car c’est désormais certain, le Bardarbunga fait partie des éruptions effusives majeures en Islande. Cet article est basé sur un travail de synthèse, effectué par la Protection Civile islandaise et sur les comptes-rendus quotidiens de l’IMO (Iceladnic MET Office).

Sommaire

Résumé des épisodes précédents
100 jours d’activité sismique
100 jours d’écoulement de lave
100 jours de gaz volcaniques
100 jours d’affaissement dans la caldeira
Les scenarios possibles

Je tiens particulièrement à remercier le Icelandic MET Office qui m’autorise à utiliser son matériel et à rediffuser et expliquer le travail et les données récoltés par nos collègues sur le terrain. Si vous voulez ne rien rater, consultez leur site (en anglais), mis à jour quotidiennement : ici

I really thank the Icelandic MET Office to let me use his own pictures and datas from fieldwork.

  • Résumé des épisodes précédents

Il est là:

Le site de l'éruption, en Islande
Le site de l’éruption, en Islande


Pour tout savoir en détails sur le Bardarbunga, je vous conseille un petit retour sur cet article que je lui consacrai à la fin du mois de septembre : BARDARBUNGA… OU PAS?

bardarZOOM

Depuis plus de trois mois, le Bardarbunga est en activité continue. Cette activité s’exprime en quatre points : une émission importante et régulière de lave, une activité sismique soutenue, une subsidence au niveau de la caldera qui constitue le cœur de ce volcan (et recouverte par la calotte glaciaire du le Vatnajokull) et une forte émission de gaz volcaniques.

  • 100 jours d’activité sismique

L’activité sismique sur le Bardarbunga est la plus intense observée en Islande depuis que les mesures sismiques sont possibles. Pour vous donner une idée, dans la journée du 10 décembre, 10 séismes ont été enregistrés avec une magnitude supérieure à 4 ; le plus important ayant une magnitude de 4,4. Et c’est comme ça depuis 100 jours ! En tout, ce sont 836 séismes avec des magnitudes comprises entres 3,0 et 3,9 qui ont été enregistrés, 462 avec des magnitudes entre 4,0 et 4,9 et 74 de magnitudes supérieure à 5,0.

Les mouvements de lave en profondeur ont également pu être mesurés (mesures GPS), Le volume estimé de l’intrusion est de 0,5 km3, elle a été entièrement formée dès les premiers stades de l’éruption.

  •  100 jours d’écoulement de lave

L’émission de lave Holuhraun est surprenante par la constance de son débit. C’est un magma très primitif avec une composition tout ce qu’il y a de plus classique sur le système du Bardarbunga. Il s’est stabilisé entre 9 et 20 km de profondeur.

La zone recouverte par la lave atteint désormais (le 9 décembre) 76 km2. Point particulièrement important, cela en fait le plus grand champ de lave observé en Islande depuis l’éruption du Laki (1783-1784), ce qui n’est pas la moindre des références.

Progression de la coulée entre le 29/08/14 et le 14/11/14. image courtesy of Icelandic MET Office
Progression de la coulée entre le 29/08/14 et le 14/11/14. image courtesy of Icelandic MET Office

Mais il faut raison garder et carte ci-dessous regarder. Elle permet de mettre en parallèle les surfaces recouvertes par la lave lors de l’éruption de l’ Eldgjá (en 934), du Laki et sur la zone de Holuhraun.

Comparaison des surfaces recouvertes par trois eruption majeures en islande:  Eldgjá (934), Laki (1783-1784) et Bardarbunga (2014). References: Eldgjá and Laki outlines and Eldgjá volume from Thordarson et al. 2001. Volume of Laki from Thordarson et al. 1993. Bardarbunga: données de l'université d'Islande, Institute of Earth Sciences' Volcanology and Natural Hazards Group. Specialist: William Moreland.
Comparaison des surfaces recouvertes par trois éruptions majeures en Islande: Eldgjá (934), Laki (1783-1784) et Bardarbunga (2014).
References: Eldgjá and Laki outlines and Eldgjá volume from Thordarson et al. 2001. Volume of Laki from Thordarson et al. 1993. Bardarbunga: données de l’Université d’Islande, Institute of Earth Sciences Volcanology and Natural Hazards Group. Specialist: William Moreland.

 

Oui, on aime bien comparer à la monstrueuse éruption du Laki et oui, le Bardarbunga vient juste derrière pour la période historique. Mais ? Mais il est sans commune mesure, heureusement pour nous…car on sait les conséquences dramatiques qu’a eu l’éruption du Laki (si on ne sait pas : allez jeter un œil de ce coté là : Quel risque volcanique en Europe?)

Si le taux d’émission de la lave demeure aussi régulier, l’éruption devrait durer encore quelques mois.

  • 100 jours de gaz volcaniques

L’éruption en cours à Holuhraun produit de grandes quantités de gaz. Il faut remonter 150 ans en arrière pour trouver un évènement (celui de Trolladyngja) qui ait eu un impact comparable sur l’Islande et ses habitants, en termes de questions environnementales et de santé (l’IMO met à disposition une page d’information sur la pollution atmosphérique).

Les gaz en présence sont essentiellement : SO2, CO2, HCl, HF et H2O.

Jusqu’à la mi-octobre les taux moyens d’émission des gaz mesurés étaient de 400 kg/s (environ 35 000 tonnes par jour) avec des pics à 1300 kg/s (environ 112 000 tonnes par jour). La quantité totale de SO2 produit depuis le début de l’éruption est de 3,5 millions de tonnes (on monte à 11,2 millions de tonnes si on prend en considération les pics de dégazage).

Là aussi,on peut comparer avec l’éruption dramatique du Laki : en 1783 et 1784, 122 millions de tonnes de SO2 furent injectés dans l’atmosphère en l’espace de 8 mois. Sur 100 jours, le Laki aurait donc expulsé environ 51 millions de tonnes de SO2. Le Bardarbunga est donc bien en dessous… heureusement, encore une fois.

  • 100 jours d’affaissement dans la caldeira

L’activité sur la caldera est également sans précédant. C’est la première fois que l’on peut suivre un affaissement de caldera en Islande, au jour le jour, avec des mesures précises et des méthodes scientifiques modernes.

Le 26 novembre, la subsidence avait atteint 50 m pour un volume estiéme de 1,4 km3.

Subsidence au niveau de la caldeira du Bardarbunga, mis à jour le 27 novembre 2014. L'échelle verticale est exagérée pour rendre le prahique lisible.  Institute of Earth Sciences.
Subsidence au niveau de la caldeira du Bardarbunga, mis à jour le 27 novembre 2014. L’échelle verticale est exagérée pour rendre le prahique lisible. Institute of Earth Sciences.

Toutefois, le Conseil Scientifique de la Protection Civile Islandaise a compilé les données depuis le début de l’éruption (soit du 31 aout au 3 décembre) : il se dégage de cette analyse une diminution du taux de subsidence sur la caldera : de 80 cm par jour au début, on est passé à 25 cm par jour actuellement. La subsidence est toujours concentrée au centre de la caldera.

  • Les scenarios possibles :

L’IMO (Icelandic MET Office) conclut l’ensemble de ses études par trois scénarios possibles concernant la suite de l’éruption :

1 – L’éruption de Holuhraun continue jusqu’à ce que la subsidence de la caldeira cesse. L’éruption peut encore durer ainsi pendant plusieurs mois.

2- La fissure active se prolonge vers le sud, en direction puis sous le glacier Dyngjujokull (situé entre le Bardarbunga et la fissure de Holuhraun). Cela provoquerait alors une de ces fameuses débâcle glaciaire (jökulhlaups) ainsi que d’une production de cendres. Il est également possibles que d’autres fissures se développent à des endroits divers sous le glacier.

3- Une éruption se produit au sein de la caldera de Bardarbunga (sous la glace). Une telle éruption provoquerait une fonte massive de la calotte glaciaire et un jokulhlaup de grande ampleur, s’accompagnant de production et de chutes de cendres.

Evidemment, d’autres scenarios ne sont pas exclus. Et ce n’est pas le téléspectateur qui vote pour 1, 2 ou 3… seul le volcan choisit la suite du film!

 La Bardarbunga, avec l’activité centrée sur la fissure de Holuhraun, est donc une éruption effusive (= une éruption où « ça coule ») majeure dans l’histoire de l’Islande pour les temps historiques, et par voie de conséquences, une éruption majeure dans l’histoire de l’Europe. Encore une fois, elle est loin d’être à l’arrêt et le seul le volcan sait quand mettre un point final à son histoire.

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Ontake: éruption imprévue?

Au Japon, après l’éruption du Mont Ontake samedi dernier, le bilan humain s’alourdit. Pourquoi n’avait-on pas évacué? Cette éruption était-elle imprévisible? Elements de réponse sur le Volcablog.

Lire la suite Ontake: éruption imprévue?

Nishinoshima, l’île à tête de Snoopy

Il y a quelques jours, j’ai reçu cette vidéo…

Je la trouvai fort jolie mais fus prise au dépourvu

Car à part Nishinoshima, île Nishino,

Je ne compris pas un mot.

Heureusement, d’internet le secours est venu!

Bon, j’avoue, ce ne sont pas des alexandrins.

Ne sachant, hélas, ni lire, ni parler japonais, je ne compris pas grand chose donc, jusqu’à ce qu’une sympathique personne vienne à mon secours et fasse la traduction pour moi.

Voilà donc de quoi il est question

Sur cette video, on peut voir la mise en place et la croissance de l’ile Nishino (NishinoShima en japonais, sachant que Shima=île). L’île est située dans l’archipel Ogasawara; à environ 900 km au sud de Tokyo.

nishinocarte

On voit bien sur la carte que l’île est à l’aplomb de la zone de sudbuction qui court au sud du Japon, rien d’étonnant si on y trouve des phénomènes volcaniques.

L’île est continuellement en éruption et sa mise en place se fait de façon explosive du fait de la proximité du magma et de l’eau. D’ailleurs, à la trentième seconde de la video, on voit nettement des gerbes dites surtseyennes, typiques des croissances d’ile volcanique lors de leur émersion. Elle s’agrandit rapidement et a atteint une taille suffisante pour pouvoir dire qu’elle fait partie du Japon.

Ici, vous pourrez découvrir le principe du dynamisme surtseyen, défini lors de l’émergence de l’île de Surtsey, en 1963

Qui plus est, il y a huit mois, une deuxième petite île est apparue par suite d’une éruption sous-marine, à proximité de Nishino. Cette nouvelle île est appelée nouvelle île Nishino (Nishino-shima shintō) croit rapidement, à tel point que, les deux îles se sont rejointes pour n’en former su’une… dévoilant une forme, une silhouette qui nous semble familière… mais, mais oui!

Félicitations madame, vouas avez donné naissance à un Snoopy)

NishoniShimaSnoopy
Troublant n’est ce pas?

 

NishinoShima est non seulement le lieu émouvant de la genèse d’un nouveau complexe volcanique mais c’est aussi le premier volcan au monde Snoopy-shaped! (en forme de Snoopy, désolée pour cet anglicisme).

Quelle émotion.

Volcan la pété!

C’est ce que titre les journaux réunionnais ce matin et LE volcan c’est le Piton de la Fournaise (bien sûr).

Au non de l’amitié zoreills-kreols, cela méritait bien une petite brève!


L’observatoire indiquait dans la semaine des séismes volcano-tectoniques sans reprise significative ou évidente de l’activité et pourtant, à 1h35 locales: volcan la pété!

Le préfet a mis en oeuvre le plan d’alerte spécifique. L’accès à la partie haute de l’enclos ainsi que la dépose en hélicoptère sont interdits.

J’aurai l’occasion de revenir sur l’éruption en cours. Il faut, pour l’instant, laisser au volcan le temps de s’exprimer.