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Quel risque volcanique en Europe?

La réponse tient en une phrase: en Europe, il n’y a pas que des volcans de cartes postales!

Et non, le risque volcanique ce n’est pas que pour les indonésiens, péruviens, guatémaltèques ou japonais.

Du risque volcanique, il y en a pour tout le monde…

Depuis le XVIème siècle, on a compté environ 140 éruptions rien qu’en Grèce et en Italie. Il y a, sur le vieux continent, des volcans susceptibles de troubler notre paisible existence et nos habitudes réglées comme du papier à musique, des volcans capables, à des échelles variées, de semer le désordre, la destruction et la mort (non je n’exagère pas).

Islande, Italie,  Grèce, Espagne, Portugal, Norvège: si loin, si proches…

L’Europe et ses volcans sommeillent et c’est par grand bruit que, de temps en temps, tout ce petit monde se réveille.


Afin de vous éviter de scroller comme des bêêêêtes, vous pouvez avoir un accès direct aux pays  mentionnées dans cet article en cliquant sur leurs noms dans la liste ci-dessous:

Italie                Portugal
Grece              Norvège
Espagne         Islande

Et également au paragraphe de synthèse, pour tenter d’y voir plus clair:

Synthèse conclusive

 

L’Italie, les volcans stars

En Italie trônent les stars de la volcanologie, des milliers de touristes foulent leur sol chaque année pour se donner le frisson d’être, quelques heures, Krafft ou Tazieff. Mais ces volcans ne sont pas que de beaux objets inertes que l’on photographie : ils représentent un risque réel pour les populations qui vivent à leur proximité et au-delà pour une partie des habitants de l’Europe.

Baie de Naples, îles éoliennes et Sicile: les zones à haut risque en Italie
Baie de Naples, îles éoliennes et Sicile: les zones à haut risque en Italie

 

  • Vésuve, un gros calibre

Dans la baie de Naples, le Vésuve fait partie du décor. Mais, malgré son aspect de père tranquille, le majestueux volcan attend son heure pour une nouvelle fureur dont il a le secret.

Le Vesuve trône dans la Baie de Naples -  Photographe: Volcadoc
Le Vesuve trône dans la Baie de Naples –
Photographe: Volcadoc

La plus célèbre des éruptions historiques du Vésuve est bien sûr celle qui conduisit à la destruction de Herculanum et Pompéi en 79av JC. Ces villes furent détruites lors d’une éruption explosive, par la propagation de plusieurs nuées ardentes et par les retombées de cendres produites lors de l’éruption.

Une éruption moins connue eut lieu en 1631 et fut elle aussi destructrice. Des écoulements pyroclastiques rejoignirent la mer et causèrent de nombreux dégâts.

La dernière éruption remonte à 1944 et fut moins meurtrière et dévastatrice que les précédentes que je viens de citer. Elle se caractérisa par l’émission de coulées de lave et de cendres qui atteignirent et recouvrirent plusieurs villages voisins.

Un titre pompeux… mais de belles images de l’éruption de 1944

Les périodes d’inactivité sont très variables sur le Vésuve mais il est certain qu’il est plein de vie et encore capable du pire. Sa capacité explosive et la forte densité de population le long de ses flancs en font un volcan particulièrement dangereux. Qui a parcouru les rues de Naples comprendra la complexité d’envisager un plan d’évacuation de la ville et des environs…

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Le volcan est suivi de près par l’Osservatorio Vesuviano à Naples avec un vaste réseau de stations de mesures. Jusqu’à présent, aucune remontée n’a été détectée à moins de 10km sous la surface. Autrement dit, le risque existe mais n’est pas immédiat.

Cependant, comme le cratère actuel est obstrué par un bouchon de lave, si éruption il y a, elle sera explosive, brutale et certainement de forte intensité.

Le plan d’urgence établi pour le Vésuve se calque sur une éruption similaire à celle de 1631, le pire cas envisageable. Avec ce scenario, les versants de la montagne pourraient être balayés par des nuées ardentes dévalant les pentes sur 7km et plus. En raison des vents dominants, les villes au sud et à l’est du volcan seraient les plus exposées et il est admis qu’une accumulation d’éjectas supérieure à 100 kg/m², (point au-delà duquel les toits menacent de s’effondrer) pourrait survenir jusqu’à Avellino à l’est ou Salerno au sud-est. En direction de Naples, au nord-ouest, le risque de retombées est supposé s’étendre à peine plus loin que les pentes du volcan.

Les procédures d’évacuation pourraient durer entre deux semaines et vingt jours. Il est prévu l’évacuation d’urgence de 600 000 personnes, soit toute la population vivant dans la zona rossa (« zone rouge »: voir la carte sur ce lien), là où le risque de nuée ardente est maximal.

Comme souvent en pareil cas, la difficulté quant à l’exécution d’un tel plan est de savoir à quel moment il devient judicieux de débuter cette évacuation massive. Si elle est décidée trop tard, beaucoup de personnes risquent d’être tuées. Si elle est décidée trop tôt, les précurseurs de l’éruption peuvent se révéler trompeurs. Par exemple, en 1984, 40 000 personnes ont été évacuées de la région des champs Phlégréens, mais aucune éruption ne s’est produite.

Les efforts actuels sont focalisés sur la réduction de la population vivant dans la zone rouge, en démolissant les bâtiments construits illégalement, en établissant un parc national sur les pentes supérieures du volcan pour se prémunir de toute nouvelle construction et en offrant des compensations financières aux personnes qui déménagent. Le but sous-jacent est de réduire le temps nécessaire pour évacuer la zone à 2 ou 3 jours durant les 20 ou 30 prochaines années.

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  • Champs Phlégréens, la cocotte minute

Les champs Phlégréens (« Terres Brulées » en grec ancien) constituent une région volcanique située à l’ouest de Naples.

La Solfatare, au coeur des Champs Phlégréens - Photographe: Volcadoc
La Solfatare, au coeur des Champs Phlégréens – Photographe: Volcadoc

 

C’est en fait une caldeira (zone d’effondrement) de 13 km de large au sein de laquelle on trouve de très nombreux cônes et cratères volcaniques ainsi que des sources chaudes et fumerolles.

La Solfatare, au coeur des Champs Phlégréens: émanation et dépôts de soufre - Photographe: Volcadoc
La Solfatare, au coeur des Champs Phlégréens: émanation et dépôts de soufre – Photographe: Volcadoc

La région a connu des périodes d’intense activité, séparées de très longues périodes de repos s’étendant généralement sur plusieurs millénaires.

L’éruption la plus récente a débuté le 29 septembre 1538, sur la rive est du lac d’Averne. Elle a donné naissance à une petite montagne de cendres et de ponces de 130 m de hauteur, le Monte Nuovo. Elle s’est achevée le 6 octobre 1538, après une dernière explosion qui tua 24 personnes : celles-ci étaient en train de gravir les pentes du Monte Nuovo.

Naples, prise en sandwich entre Vésuve et champs Phlégréens
Naples, prise en sandwich entre Vésuve et champs Phlégréens

 

Le XVIème siècle nous semble lointain mais cette zone est l’une plus dangereuse du monde. Le risque d’une éruption future est pris très au sérieux. Le plancher de la caldera est soumis à de lents mouvements verticaux d’une ampleur parfois extrême. A titre d’exemple, le niveau du sol est monté de 1,60 m entre 1982 et 1984, provoquant la fissuration de nombreuses maisons et l’évacuation de 20 000 personnes dès 1983. De fréquentes crises sismiques sont détectées. La dernière en date a eut lieu septembre 2012. 200 000 personnes vivent au cœur même de la caldera et l’agglomération napolitaine est toute proche (environ 2 millions de personnes).

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  • Etna, volcan people

L’Etna n’arrête jamais.

Nous sommes en 2014 et la dernière éruption date de ? 2014! (en octobre: voir ici et en août, l’INGV rapporte une éruption avec des explosions de moyenne ampleur sur le nouveau cratère situé sur le flanc sud-est, des cendres produites en faible quantité et une coulée).

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La silhouette imposante de l’Etna domine Catane, à l’est de la Sicile. Il culmine à 3300m d’altitude et son diamètre à la base est de plus de 35 km. Sa superficie correspond à celle de Paris et sa grande banlieue.

L’Etna est caractérisé par deux styles éruptifs qui alternent au fil de son histoire. Ce sont soit des éruptions explosives avec parfois des émissions mineures de lave qui prennent place à partir de l’un des quatre cratères sommitaux, soit une activité localisée sur des évents latéraux avec des taux effusifs bien plus importants (coulées de grande ampleur) mais qui sont moins souvent actifs. Des cônes de scories se construisent typiquement à la base de ces évents, c’est à dire à la base des flancs de l’édifice (250 cônes adventifs ont pu être répertories). Les coulées de lave qui s’en échappent rejoignent parfois le front de mer.

L'Etna,le chaos des fronts de coulées - Photographe: Vittorio Zanon
L’Etna, le chaos des fronts de coulées – Photographe: Vittorio Zanon

 

Plusieurs éruptions de l’Etna ont provoqué des dégâts sur les installations humaines en détruisant partiellement ou totalement certains villages : Catane en 1669, Mascali en 1928, le site de l’observatoire de l’Etna en 1971. En 2001, Nicolosi est recouverte de cendres et une coulée de 4m d’épaisseur s’arrête à 4 km du village. Soixante-dix foyers reçoivent alors un « avis d’évacuation » préventif.

La menace est directe pour les proches voisins de l’Etna. Il n’est pas rare que l’aéroport de Catane soit fermé plusieurs heures à cause de la menace des nuages de cendres.

Le risque majeur sur ce volcan demeure l’occurrence à moyen terme d’une éruption excentrique, c’est à dire sur les basses pentes du volcan, aux endroits où il n’y a pas d’éruption habituellement, là où la densité de population est très élevée. L’Etna est un volcan activement surveillé et tous les signes précurseurs sont analysés avec beaucoup d’attention.

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  • Stromboli, plus fort que l’Etna

La webcam, c’est par ici: cliquez sur ce lien

L’ile est située au nord de la Sicile, en mer Méditerranée et fait partie des iles éoliennes.

Stromboli est le volcan est le plus actif de tous les volcans européens. Ses éruptions se produisent à la fréquence moyenne d’une toutes les heures et même, parfois il atteint le rythme d’une éruption toutes les 15 minutes. Ce qui permet de dire qu’en terme de fréquence, il surpasse l’Etna.

Ca explose, ça coule et c’est rouge? Le Stromboli nous gratifie d’éruptions stromboliennes…  épatant.

Le cône actuel du volcan a commencé à se former il y a 15 000 ans et est en éruption constante depuis au moins 2 500 ans. Il prend naissance à 2 000 m sous la mer et la partie émergée culmine à 924 m.

L’activité du Stromboli est caractérisée par l’émission de fontaines de lapilli, de cendres et de bombes volcaniques projetées à quelques dizaines de mètres de hauteur. Ces explosions s’accompagnent de temps en temps d’émissions de coulées de lave.

L’une des pires éruptions du Stromboli eut lieu en 1919. Elle causa la mort de 4 personnes et détruisit 12 maisons par suite de la chute de blocs de lave ayant atteint jusqu’à 50 tonnes.

Lors des éruptions de fin de 2002 et début 2003, l’activité provoqua de violents mouvements ondoyants. Ces mouvements conduisirent à la formation de vagues : la plus haute atteint 10 mètres de haut et causa de sérieux dommages au village de Stromboli.

D’autres volcans marquent le chapelet des iles éoliennes. Stromboli n’est pas le seul à être dangereux. Faire de cet article une nomenclature n’est pas le but, cependant, il m’est impossible de clore le chapitre italien sans citer le nom de Vulcano, dont la dernière éruption date de 1890. Il est le siège d’une intense activité fumerolienne, signe de sa pleine forme et d’un potentiel réveil à venir. Enfin, il faut savoir que Vulcano est capable d’éruptions à forte explosivité.

Du fait de la richesse des phénomènes qui couvrent le territoire, la volcanologie italienne est dynamique ! L’étude et la surveillance des volcans italiens sont coordonnées par l’INGV (Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia) dont je vous invite à consulter le site, riche d’informations, et dont les pages sont disponibles en italien et en anglais..

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Grèce

Ha oui, la Grèce n’est pas vraiment le premier pays qui vient à l’esprit quand on pense au volcanisme en Europe. Et pourtant. Le volcanisme grec n’est pas à remettre aux calendres du même nom. Il est bien présent, bien réel. Si les manifestations sont, de nos jours, essentiellement hydrothermales, une éruption de grande ampleur n’est pas à exclure.

  • Santorin, le monde englouti du roi Minos

Santorin est sans doute le plus connu des sites volcaniques grecs. Cet archipel intégralement d’origine volcanique est situé dans le sud de la mer Égée, à 75 kilomètres au sud-est de la Grèce continentale.

L’île a la forme d’un croissant ouvert vers l’est. Une île bien plus grande existait auparavant sur ce site enchanteur mais elle fut démantelée par une éruption cataclysmique ayant eut lieu vers 1600 av. J.-C. Cette éruption fut digne des portes de l’enfer : elle projeta 30 km3 de laves et de pierres ponces jusqu’à 30 km d’altitude.

Par suite de cette éruption gigantesque, un raz de marée (tsunami) balaya toute la méditerranée détruisant des ports de la Crête et des îles avoisinantes et tuant des dizaines de milliers d’habitants. Le ciel s’obscurcit pendant une longue période, provoquant d’importants dégâts aux cultures de toute la région et une importante famine. Le peuple du roi Minos du abandonner son ile, autrefois si prospère (cette éruption est d’ailleurs qualifiée de minoenne).

Nea Kameni est la partie la plus récente et la plus active de l’archipel de Santorin. C’est une petite île qui se situe au cœur de l’archipel et culmine à 150 mètres d’altitude. Sa dernière éruption est toute récente et remonte au début de l’année 1950: un petit dôme de lave s’érige lors d’une période d’activité qui va du 10 janvier au 2 février et est nettement explosive.

L'archipel de Santorin
L’archipel de Santorin

 

L’archipel est encore bel et bien actif et fait l’objet de la surveillance intensive de l’ISMOSAV (Institute for the Study and Monitoring of the Santorini Volcano), organisme concepteur d’une carte de risques qui répertorie les zones qui pourraient être touchées par des coulées pyroclastiques, des coulées de lave, des retombées de cendres et lapillis, des gaz toxiques, des glissements de terrain ou des tsunamis.

Plus de 10000 habitants se trouvent dans un rayon de 10 km et de nombreux touristes sont présents durant toute l’année. Une éruption pourrait être à l’origine de sérieux dégâts humains et matériels.

Au large de ces îles il existe également des volcans sous-marins dont l’activité peut avoir des impacts significatifs. Par exemple, le haut fond volcanique de Kolumbos, à 7,5 km au N.E. de Santorin, fut le siège d’une éruption en 1649-1650. Ses gaz toxiques causèrent la mort de 50 personnes. Ce n’est pas parce que la menace n’est pas visible ou n’est pas abondamment photographiée et filmée qu’elle n’est pas tangible !

  • Nisyros, le jeune volcan de la mer Egée

Nisyros est une île située dans l’archipel du Dodécanèse, au large de la Turquie.

Localisation de Santorin et Nisyros, par rapport à Athènes et la Grèce continentale
Localisation de Santorin et Nisyros, par rapport à Athènes et la Grèce continentale

 

Elle présente en son centre une caldeira de 4 km de diamètre à l’intérieur de laquelle se trouvent plusieurs dômes.

Sa dernière éruption, à caractère phréatique, a eu lieu en 1886. Pour rappel, les éruptions phréatiques sont particulièrement dangereuses car violentes, soudaines et, de surcroit, difficiles à prévoir. Nisyros est le plus jeune volcan de la mer Egée et peut être considéré comme actif. Actuellement, cette activité se limite à de fortes émissions fumeroliennes. L’odeur du sulfure d’hydrogène y est marquée et le paysage lunaire.

En janvier 2003, l’accès est interdit aux visiteurs, les températures au sol et celles des fumerolles augmentent , des fissures se propagent et une activité de microséismes est manifeste. A titre indicatif, la température des sources hydrothermales est passée de 210 à 315 °C. Les conditions générales ont changé sur le volcan depuis le milieu des années 90, ce qui peut être le signe de la reprise d’une activité éruptive à moyen terme.

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L’Espagne et les Canaries

 

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  • La Palma, palme de la jeunesse

La Palma est située au nord ouest de l’archipel. Sa surface est de 729 km2 pour 85000 habitants et son altitude maximum est de 2426m.

La Palma est une île très active durant toute la période historique, les principales éruptions ont eu lien en 1585, 1646, 1712, 1949, et 1971.

L’éruption de 1971

Le Teneguía est le dernier né des volcans des îles Canaries, il constitue la pointe méridionale de la Cumbre Vieja, la partie la plus récente de l’ile. Sa dernière éruption a débuté le 26 octobre 1971. Teneguia commence par émettre de grandes quantités de gaz et de cendres. Trois bouches éruptives s’ouvrent simultanément avec un dynamisme de type fontaine de lave. Deux coulées descendent rapidement vers la mer. En quelques jours la bouche la plus au Nord est devenue un cône d’une centaine de mètres de hauteur. L’éruption s’arrête brutalement le 18 novembre.

Suite à cette éruption, l’ile de La Palma gagne plusieurs hectares sur la mer.

Le Teneguia: la conquête territoriale espagnole, version volcano...
Le Teneguia: la conquête territoriale espagnole, version volcano…

 

En Octobre 1994, tout un réseau dédié aux mesures de déformation est installé sur l’île, il couvre 11 points de référence. A ce réseau s’ajoute 3 stations sismiques. L’ensemble constitue le seul moyen actuel de surveillance de l’activité sur l’île.

  • Tenerife, sommet de l’Espagne

Tenerife, « l’ile de la soif » en berbère, est la plus grande île et la plus peuplée (886 033 habitants) de l’archipel des Canaries. C’est aussi la plus haute puisque, le Teide, situé au nord ouest, culmine à 3718 mètres d’altitude.

L’ile, de forme triangulaire, est composée d’un complexe de stratovolcans miocène à quaternaire qui se chevauchent. Ils furent actifs jusque dans les temps historiques.

Le Teide n’a pas connu d’éruption historique majeure. Cependant, quelques éruptions périphériques, avec édification de cône de scories et mise en place de coulée de lave, ont tout de même été remarquables ; ce fut le cas de 1704 à 1706, en 1798 et en 1909 (dernière éruption avérée qui donna naissance au cône de Chinyero).

Teide

Le tout dernier signe d’activité date du printemps 2004 : une petite crise sismique (plus de 200 séismes de magnitude 1 à 3) s’accompagne alors d’une augmentation de l’activité fumerolienne avec une augmentation de l’émission de CO2 sur la partie nord-ouest de l’île et de changements dans le champ de gravité sur le flanc nord du Teide (pour simplifier, cela correspond au changement de la répartition des masses sous le volcan). La population locale ressent quelques-uns des seismes enregistrés et le premier niveau d’alerte est déclaré par le gouvernement.

Le Pico del Teide, pour le moment, c’est ça: un petit monde minéral paisible et peuplé de touristes…

Bien que très localisées, les éruptions historiques du Teide ont été lourdes de conséquences pour les populations avoisinantes. En 1992, le IAVCEI (International Association of Volcanology and Chemistry of the Earth’s Interior) déclare le Taide volcan à haut risque et en fait un Volcan-laboratoire Européen, qui, de fait, dans le cadre de l’Union Européenne devient l’objet d’une attention particulière.

Au printemps 2005, le CSIC (Spanish National Research Council) met en route le projet TEGETEIDE (Geophysical and Geodetic Techniques for the Study of the Teide-Pico Active Volcanic Area) qui pilote la surveillance sismique du volcan (incluant l’analyse des « bruits de fond »). Le but principal de ce programme est de détecter, le plus tôt possible, les signes sismiques précurseurs d’une éruption majeure.

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  • Lanzarote

Située à 150km des côtes africaines, Lanzarote est peuplée de 141 938 habitants.

L’éruption historique de plus grande ampleur connue à Lanzarote eut lieu entre 1730 et 1736. Une éruption fissurale forma les Montañas del Fuego et d’abondantes coulées de lave couvrirent environ 200km2 au centre ouest de l’ile, soit un volume de 3 à 5 km3. Elles rejoignirent la côte ouest sur une largeur de 20km. Les villages de Maretas and Santa Catalina furent détruits. Les dégâts matériels furent importants car la zone touchée était riche en cultures : plus de 400 fermes furent ensevelies, une partie du bétail anéantie. Une partie de la population sinistrée émigra vers la Grande Canarie.

La dernière éruption date de 1824. Trois évents éruptifs se formèrent dans la partie nord-ouest de l’île. Ils produisirent une coulée de moindre importance qui rejoint la côte sud-ouest. S’ensuivirent de terribles famines, et une bonne partie de la population se vit obligée d’émigrer.

L’activité de point chaud des Canaries n’a pas cessé et un risque réel existe toujours sur l’archipel, avec des conséquences à l’échelle locale pouvant être dramatiques, sur le plan humain, tout comme sur le plan économique (impact sur les cultures mais aussi sur les infrastructures touristiques de Tenerife par exemple).

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Volcans portugais, volcans discrets

 

Aucune éruption en vue dans les rues de Lisbonne mais bien loin de la métropole, dans l’archipel des Açores, à 1500km à l’ouest des côtes africaines. Les paysages de ces îles sont exclusivement volcaniques : cônes, caldeiras, coulées et dômes rythment le relief. Aux Açores comme en Islande, le volcanisme est du non seulement à l’activité de la dorsale médio-atlantique mais également à la présence d’un point chaud.

Iles de Faial et Sao Jorge, droites comme des i
Iles de Faial et Sao Jorge, droites comme des i

 

  • Ile de Faial, volcan Capelinhos

Le volcan Capelinhos est le plus récent de l’île de Faial et se situe sur sa pointe ouest.

La dernière éruption a eu lieu entre les 27 septembre 1957 et le 24 octobre 1958. Elle fut de dynamisme surtseyen, autrement dit, une éruption sous-marine mais qui a lieu sous quelques mètres d’eau seulement. Au bout de quelques semaines, le volcan pointa le bout du cratère hors de l’eau, émergea et grandit. Un village de pêcheur fut détruit.

Cette éruption donna d’abord naissance à une île en forme de fer à cheval qui émergea dès le 29 octobre. Le 16 décembre les premières coulées firent leurs apparitions. Les cendres recouvrirent l’ile, et détruisirent une partie de la végétation ainsi que des habitations et des routes. L’ile nouvellement créée se rapprocha des rivages de Faial et les deux entités finirent par se rejoindre. En mai, l’éruption perdit définitivement son caractère sous-marin. Des coulées continuèrent de se produire et le cône de scories du Capelinhos, toujours visible actuellement, commença à s’édifier.

Volcan Capelinhos. Photographe: Vittorio Zanon
Volcan Capelinhos, île de Faial. Photographe: Vittorio Zanon

 

Le bilan humain fut assez conséquent. Deux mille foyers durent être évacués, à cause des risques directs. L’éruption se termina le 24 octobre 1958. L’ile de Faial s’était agrandie de 2,4km2.

Il n’y a pas eu de signe d’activité plus récent. L’île de Faial se trouve à environ 140 km de la ride médio-atlantique, une éruption future n’est pas à exclure.

 

  • São Jorge, le dos du dragon ?
Le dos du dragon: l'île de Sao Jorge - Photographe: Vittorio Zanon
Le dos du dragon: l’île de Sao Jorge – Photographe: Vittorio Zanon

 

Cette île a une forme remarquablement linéaire à cause d’un volcanisme de nature fissural (en lien avec sa situation géodynamique : la toute proximité avec la ride médio-atlantique). Sa superficie est de 238 km² et environ 10 500 personnes y habitent.

L’île compte plus de deux cents volcans de nature basaltique, alignés sur des failles orientées nord-ouest/sud-est.

Sao Jorge a connu deux éruptions volcaniques historiques : en 1580 et en 1808. Dix personnes furent tuées lors de l’éruption de 1580 et huit lors de celle de 1808. Une éruption sous-marine a été signalée au sud-ouest de l’île en 1964.

  • Monaco Bank

C’est un volcan sous-marin construit le long d’une fissure orientée NW-SE et à 20 km environ de l’île de Sao Miguel, au sud est de l’archipel. Le sommet du volcan est actuellement situé à 197m sous la surface de l’océan. Des éruptions sous-marines ont été enregistrées notamment en 1907 (un câble sous-marin est alors rompu) et 1911 et certains auteurs ont mentionné une activité jusque dans les années 2000.

Monaco Bank, point sud des Açores
Monaco Bank, point sud des Açores

 

Comme Surtsey en Islande ou comme le Capelinhos, Monaco Bank émergera peut être un jour, donnant naissance à un nouveau volcan européen.

A ces trois exemples on peut ajouter brièvement Sao Miguel, le plus grande île de l’archipel et dont la dernière éruption date de 1652 ainsi que l’ile de Pico active en 1718.

Tous ces volcans dont les éruptions ne datent que de quelques siècles présentent un risque réel. Ils sont encore capables de causer des dégâts de grande ampleur. Une éruption, même de taille relative peut menacer l’équilibre économique et l’agriculture de ces iles mais également de nombreuses vies humaines.

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Norvège

 

  • Beerenberg, île de Jan Mayen
Le Beerenberg, qui appartient à la Norvège
Le Beerenberg, qui appartient à la Norvège

L’île de Jan Mayen est une ile isolée à 500 km à l’est du Groenland, à 550 km des côtes islandaises et 950 km de la Norvège (à laquelle elle appartient).

Le Beerenberg, « Montagne des ours », est le point culminant de l’ile avec 2 277 m d’altitude. C’est le volcan le plus septentrional du monde et c’est un cousin germain des volcans islandais. Comme eux, il résulte de la coïncidence d’un point chaud avec la dorsale médio-Atlantique.

Le volcan le plus septentrional du monde…

Le Beerenberg est couronné par un cratère d’un kilomètre de diamètre en forme de fer à cheval ouvert en direction du nord-ouest. Son sommet est recouvert d’une calotte de glace de 115 km2.

La dernière éruption du Beerenberg remonte à 1985. Du 6 au 9 janvier, une éruption fissurale accompagnée de séismes de magnitude 5 se produit au nord-est du volcan. Des coulées de lave fluide s’en échappent et plongent dans la mer, agrandissant l’île.

L’éruption de 1970

En avril 1997, des scientifiques sur place rapportent qu’une faible activité fumerolienne est présente avec des petits panaches blancs qui s’élèvent de quelques mètres à l’intérieur du cratère.

Toutefois, l’ile de Jan Mayen n’est pas très accueillante et elle n’est peuplée que de 18 habitants, regroupés dans la colonie de Olonkinbyen. Il s’agit de personnes travaillant pour les forces armées norvégiennes ou l’Institut météorologique norvégien. Les infrastructures sont inexistantes ou presque et l’agriculture en est au stade de la science-fiction. De ce fait, même si le Beerenberg est potentiellement capable d’une éruption de grande ampleur l’impact de celle-ci peut être considérée comme faible.

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Islande, volcans farceurs

Les volcans islandais sont comme des petits lutins, cachés sous la glace, ils n’ont l’air de rien et pourtant c’est l’un d’entre eux, l’Eyjafjöll, qui, mi-avril 2010 a mis la pagaille dans le trafic aérien non pas européen mais mondial ! Et c’est encore l’un d’eux, le Bardarbunga (d’ailleurs toujours en activité) qui a enflammé la sphère médiatique à la fin de l’été 2014. Et tout ça n’est rien, les volcans islandais sont capables de bien pire, ils constituent une menace de premier plan pour l’ensemble du continent européen voire pour l’hémisphère nord.

Katla, Krafla, Hekla, Bardarbunga… on mélange les lettres et on recommence…

L'Islande, du concentré de risque volcanique...
L’Islande, du concentré de risque volcanique…

 

Petite présentation…

Les glaciers (jökull en islandais) couvrent 11,1 % de la surface de l’Islande et ont un impact considérable sur le paysage mais aussi sur le dynamisme éruptif. Volcans et glaciers sont rarement dissociés. D’ailleurs, le mot glacier, jökull, se trouve souvent associé au nom des volcans et le mot jökulhlaup, « débâcle glaciaire », autrement dit une inondation brutale et puissante due à la fonte de la glace, est entré dans le vocabulaire de la volcanologie.

L’Islande possède environ 130 volcans actifs organisés en une trentaine de systèmes volcaniques alignés pour la plupart sur une direction sud-ouest nord-est.

Le volcanisme intense de l’île s’explique par sa position, à cheval sur la dorsale médio-atlantique, qui la traverse de part en part, du sud-ouest au nord-est, et par la présence d’un point chaud associé.

  • Askja

C’est un système volcanique actif, situé au centre est de l’ile. Il est découpé par trois calderas dont une de 45 km2 (8 km de large).

Durant toute l’année 1874, de nombreux séismes secouent les environs du volcan. Les populations les ressentent nettement. En janvier 1875 l’Askja entre en éruption. Celle-ci engendra un épais nuage de cendres et des retombées qui dévastèrent le quart Nord-Est de l’Islande. L’activité continua jusqu’au début 1876 avec des éruptions fissurales et effusives qui produisirent des laves basaltiques recouvrant une surface de 29 km2. Il en résulta une petite caldera de 4.5 km de large, à présent remplie par le lac de cratère Öskjuvatn à la beauté sauvage et envoutante (et oui, je vends aussi du rêve). Ce fut l’une des plus importantes éruptions d’Islande durant les temps historiques (avec un indice d’explosivité égal à 5). Les conséquences furent dramatiques (destruction des habitations et des cultures) et de nombreux islandais durent émigrer aux Etats-Unis.

Le sommet de l’Askja

En 1961 une nouvelle fissure éruptive de 800m de long s’ouvrit au Nord-Est de la caldeira. Elle fut active pendant deux mois. Cent millions de m² de lave et 4 millions de mètres cube de tephras furent produits.

Depuis le début de l’année 2007, plusieurs milliers de séismes ont été enregistrés au voisinage de l’Askja. Fin août de cette année, l’IMO (Icelandic MET Office) relevait encore une sismicité élevée et des déformations localisées du sol. Ces signaux sont interprétés comme annonciateurs d’une éventuelle éruption de grande ampleur et donc considérés avec beaucoup d’attention. L’éruption récente sur le Bardarbunga, tout proche, a mis les volcanologues en alerte quant à l’éventualité d’un réveil associé de l’Askja dont, on aura compris, on redoute les colères et le potentiel destructeur.

  • Grímsvötn (et lakagígar)

Le Grímsvötn (prononciation) est le nom d’un volcan situé dans le sud-est de l’Islande. Une calotte glaciaire (celle du Vatnajökull) recouvre un lac sous lequel se trouve la chambre magmatique alimentant le volcan. Le Grímsvötn émet en permanence des fumerolles, c’est cette chaleur sous-jacente qui est à l’origine du lac sous-glaciaire. Ce lac repose sur une caldera dont un bord émerge de la calotte glaciaire du Vatnajökull. De nombreuses fissures orientées globalement nord-est/sud-ouest sont associées à cette caldera centrale.

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La plus célèbre de ces fissures est celle de Laki, situé au sud-ouest du volcan. La fissure Laki a produit la plus volumineuse éruption enregistrée dans les temps historiques, et ce à l’échelle mondiale. C’était en 1783, 15 km3 de lave basaltique (fluide) sont produits en l’espace de 7 mois sur une ouverture de 27 km de long. Cette éruption gigantesque aboutit à la formation des lakagígar (cratères du Laki). Les coulées de lave et les cendres volcaniques recouvrent et ravagent de vastes étendues. 18 millions de tonnes de fluor sont rejetées, empoisonnant faune et flore. Les dommages sur les cultures sont considérables, le bétail meurt massivement (par intoxication au fluor). Cette catastrophe est appelée Móðuharðindin (cliquer ici pour savoir comment cela se prononceen Islande. Une terrible famine s’instaure et un cinquième de la population islandaise est décimée. Mais les répercussions ne se cantonnent pas à l’Islande, l’Europe entière est touchée. Ce n’est pas dans la force de l’éruption proprement dite et ses conséquences directes qu’il faut chercher l’explication : l’indice d’explosivité n’est « que » de 4 pour cette éruption. Ce qui va être dramatique au Laki, c’est la production massive de gaz chargés en souffre : 122 millions de tonnes de dioxyde de soufre se dispersent dans l’atmosphère. Un brouillard sulfuré se répand sur l’Europe. Ces composés soufrés ont des impacts sur le climat à des échelles allant bien au-delà d’une région volcanique : ils constituent des aérosols qui filtrent les rayons solaires et provoquent un refroidissement dans tout l’hémisphère nord. L’hiver 1784 est particulièrement rude, les phénomènes climatiques s’intensifient (de violents orages de grêle ravagent les cultures durant l’été). Les récoltes sont d’une médiocrité alarmante. Disette et famine s’abattent sur une population essentiellement paysanne. De plus, l’inhalation de produits soufrés augmente la mortalité. (une surmortalité enregistrée de 40% dans le nord-ouest de la France: voir cet article détaillé).

Le Grímsvötn est le théâtre d’éruptions à peu près tous les dix ans (et même moins) : l’avant-dernière a eu lieu entre le 1er et le 4 novembre 2004. Elle commença par une débâcle fluvio-glaciaire (ou jökulhlaup). Puis, de violentes explosions se produisirent, formant des panaches jusqu’à 13 km d’altitude. Cette éruption fut également problématique du fait d’une importante production de sulfure d’hydrogène qui se mêla à l’eau du jökulhlaup.

La toute dernière éruption du Grímsvötn s’est produite du 21 au 28 mai 2011, au même endroit que la précédente. Cette éruption fut explosive, en effet la lave émise rencontra immédiatement l’eau issue de la fonte du glacier. Le magma fut violemment fragmenté. Il n’y eu pas de coulée. Des panaches bruns à grisâtres, parfois noirs se produisirent, s’élevant jusqu’à 15 km d’altitude et furent suivis logiquement de la retombée des cendres (qui eurent des conséquences sur les cultures dans la région de Kirkjubæjarklaustur. Cette éruption a été moins relayée par les médias, elle a pourtant été bien plus violente que celle de l’Eyjafjöll en 2010. En Europe de l’Ouest, il est vrai que notre petit confort en fut moins affecté, notamment pour ce qui concerne le trafic aérien. Des vols furent annulés en Ecosse, Allemagne, au nord de l’Angleterre, en Irlande, en Scandinavie et au Groenland. L’espace aérien le plus touchée fut évidemment celui de l’Islande. Depuis 2010 et l’Eyjafjöll, les règles en terme de restriction aériennes lors d’éruptions volcaniques sont en passe d’être revues. Des recherches sont en cours sur le taux de concentration des cendres dans l’air acceptables pour les réacteurs d’avion et également sur l’amélioration des modèles qui permettent le calcul de la dispersion des cendres dans l’atmosphère et donc sur une cartographie plus précise des panaches éruptifs.

De cendres et de glace… l’énorme panache de 2011

C’est peu dire que le Grímsvötn est un réel danger, non seulement pour l’Islande, mais aussi pour l’Europe entière voir l’ensemble de l’hémisphère nord. Ce que l’on redoute ? C’est une éruption du type de celle de 1783, avec des quantités élevées de fluor et de soufre. La portée de ces produits gazeux va bien au-delà des régions volcaniques proximales, on l’aura compris. Ce serait plusieurs centaines de milliers de morts qui pourraient advenir à l’échelle de l’Europe et selon un spécialiste de l’IPGP (Institut de Physique du Globe de Paris), une telle éruption est tout à fait possible dans les décennies à venir. De plus, sur le plan matériel, les effets de ces nuées acides, arrivant en masse sur nos vulnérables réseaux électriques et électroniques, restent à déterminer. En d’autres termes, nous ne sommes pas prêts. En conséquence, le Grímsvötn fait l’objet d’une surveillance toute particulière. Mais si l’on peut prévoir une éruption, on ne peut, hélas, pas l’empêcher.

  • Hekla, l’imprévisible

L’Hekla est un volcan situé dans le sud-ouest de l’Islande. Il culmine à 1 491 mètres d’altitude. C’est le volcan le plus actif d’Islande, en terme de fréquence, avec plus de 20 éruptions répertoriées depuis 874.

La plupart de ses éruptions commencent par une activité explosive avec projections, coulées pyroclastiques et nuages de cendres et se poursuivent par une phase effusive.

Au cours des siècles, l’Hekla a causé de nombreux dégâts matériels (habitations, infrastructures, agriculture, perte de bétail) et tués quelques hommes.

L’éruption de 1947-1948 fut la deuxième plus grande éruption de l’Hekla depuis la colonisation de l’Islande par l’Homme. Un volume total de lave 0,8 km3 a été produit ainsi que 0,21 km3 de tephras. L’altitude de l’Hekla était de 1 447 m avant l’éruption. Elle crut progressivement pour atteindre un maximum de 1 503 m, avant de redescendre à 1 491 m. Les explosions furent entendues dans toute l’Islande et le panache volcanique monta jusqu’à 30 km de haut. Pourtant, avant l’éruption, rien de visible depuis les environs n’avait permis d’en prédire l’imminence. Cinquante et une heures après l’éruption, des cendres tombaient sur Helsinki en Finlande. 98 exploitations agricoles furent endommagées, mais, miraculeusement, il n’y eut pas davantage de dégâts directs.

La plus récente éruption de l’Hekla a eu lieu à compter du 26 février 2000. Après seulement 1 h 20 d’activité sismique préalable (c’est très peu pour avoir le temps de réagir), une éruption se déclare subitement. Une fissure s’ouvre dans l’axe de la zone sommitale et crache des fontaines de laves accompagnées d’émissions de cendres formant un panache de 11 km de hauteur. De larges coulées s’échappent principalement au sud-est et au centre de la fissure. L’éruption se termine une semaine plus tard, le 6 mars 2000. Elle aura été brève, très esthétique, mais sans conséquences fâcheuses.

Eruption de l’année 2000

Les éruptions de l’Hekla sont extrêmement variées et difficiles à prévoir. Les signes précurseurs apparaissent très peu de temps auparavant, ce qui en fait un volcan particulièrement dangereux pour la population locale et les randonneurs qui en font l’ascension. Sa période de dormance est en général de dix ans, la dernière éruption date de février 2000. Un regain d’activité sismique y a été enregistré en mars 2013. Verrons-nous une nouvelle éruption de l’Hekla dans les mois à venir?

  • Katla, spécialiste du jökulhlaups

Le Katla est recouvert par le glacier Mýrdalsjökull et situé Sud de l’Islande. Il est situé à l’est de l’Eyjafjöll.

Katla est un des volcans les plus actifs et des plus destructeurs d’Islande. Il est couronné par une caldeira de 14 km sur 10, occupée par le Mýrdalsjökull.

Son mode éruptif sous-glaciaire accroît l’explosivité du Katla et est à l’origine de nombreux jökulhlaups.

Des mesures ont établi que la nouvelle chambre magmatique du Katla est située à trois kilomètres de profondeur sous la surface du Mýrdalsjökull et qu’elle possède un volume de 10 à 12 km3. Ces valeurs en font un volcan avec un potentiel éruptif élevé.

En 2011, l’eau s’écoule à la base du glacier Mýrdalsjökull

Depuis l’arrivée de l’homme en Islande, on a pu dénombrer 21 éruptions confirmées et deux incertaines. Fermes et villages situés aux environs furent détruits à de nombreuses reprises. En 2010, l’éruption de l’Eyjafjöll situé à l’ouest a fait craindre une reprise de l’activité au Katla, ces deux volcans étant considérés comme liés. Il s’en est suivie une surveillance accrue du Katla par les autorités islandaises. Le 9 juillet 2011, un jökulhlaup se produit, l’eau s’écoule à la base du glacier Mýrdalsjökull. Un pont fut détruit et une route coupée par la force de l’eau (la vague avait atteint 5 m de haut). 200 personnes furent évacuées momentanément. La sismicité resta importante jusqu’à la fin de l’année 2011.

  • Bardarbunga

La webcam est là!

Comme beaucoup de ces concitoyens-volcans islandais, le Bardarbunga est un volcan sous-glaciaire, il est situé sous la partie nord-ouest de la plus grande calotte glaciaire d’Islande : le Vatnajokull. Le cœur du Bardarbunga est constitué d’une caldeira à laquelle est associé tout un réseau de fissures et c’est l’une de ces fissures, située dans la zone de Holuhraun, qui est active actuellement (elle se trouve sous le lobe glaciaire de Dyngjujökull).

Pour tout savoir sur l’éruption en cours, je ne saurais trop vous conseiller la lecture de cet article : BARDARBUNGA… OU PAS? Et pour savoir où en est l’éruption, d’aller consulter la page dédiée à l’actu volcanique de la semaine.

Si l’on prend un peu de recul sur l’ensemble de son activité et les risques encourus avec le Bardarbunga, voici ce qu’on peut en dire : le Bardarbunga est un volcan particulièrement généreux avec plus de 40 éruptions répertoriées durant les temps historiques (source: GVP – Global Volcanism Program) dont une, en 1477 qui entraina des dépôts massifs de tephras. Si l’on remonte un peu plus loin dans le temps, le Bardarbunga a été responsable de la plus volumineuse coulée de lave connue sur Terre pendant l’Holocène (de -11 700 à l’actuel) avec 21 km3 émis par le système de fissure de Veidivötn en 4650 BP.

L’éruption en cours

Les jökulhlaups qui peuvent être associées aux éruptions du Bardarbunga sont particulièrement destructeurs et dangereux pour les habitations, infrastructures et cultures environnantes.

Les éruptions sur le Bardarbunga peuvent aussi bien être effusives (comme c’est le cas actuellement) et sans explosions marquées, que franchement explosives, notamment si elles ont lieu sous la calotte glaciaire, en bordure de la caldeira. Dans ce dernier cas, elles conduisent à des épisodes phréato-magmatiques avec d’éventuelles formations de nuées ardentes.

Bardarbunga et Eyjafjöll ont parfois été mis en parallèle. Or, le Bardarbunga est considéré comme beaucoup plus puissant. Ces éruptions sont bien davantage redoutées.

Pour l’éruption en cours, tous les scénarios sont envisagés, d’autant plus que la subsidence (enfoncement) de la caldeira se poursuit. Il n’est pas exclu qu’une éruption sous-glaciaire se produise en marge de ladite caldeira. Cette éruption serait alors bien plus violente (explosions, formation de jokulhlaups massifs…) et plus lourde de conséquence que celle qui est en cours actuellement.

  • Eyjafjöll, à vos souhaits

L’Eyjafjöll est situé dans le sud de l’Islande, il culmine à 1 666 mètres d’altitude et une bonne partie de son sommet est recouvert d’une calotte glaciaire, l’Eyjafjallajökull.

Il s’agit d’un stratovolcan érodé. De forme allongée, orienté dans le sens est-ouest, il est couronné par une caldeira de deux kilomètres et demi de diamètre.

Seules cinq éruptions sont répertoriées pour ce volcan, la dernière date du printemps 2010 et a fait couler beaucoup d’encre. Les quatre autres éruptions historiques connues ont eu lieu aux alentours de 550 et 920, en 1612 et entre le 19 décembre 1821 et le 1er janvier 1823.

Entre 1991 et décembre 2009, 860 séismes sont enregistrés, soit environ 48 par an. Durant cette période, les épicentres se rapprochent de la surface. Parallèlement à cette sismicité, le volcan subit des déformations. La cinquième éruption de l’Eyjafjöll débute le 20 mars 2010, après 187 ans d’inactivité. Les premiers stades de l’éruption sont effusifs (ça coule): une fissure longue de 300 à 500 m s’ouvre sur le flanc oriental du volcan et de la lave s’épanche. L’impact reste local mais des mesures préventives sont prises avec l’évacuation de 500 à 600 personnes et une interdiction d’accès qui sera levée dès le lendemain.

Le 13 avril, un deuxième épisode éruptif commence dans la caldeira recouverte par le glacier (l’Eyjafjallajökull). Cette fois-ci, l’éruption est sous-glaciaire et explosive. Un important panache (entre 5000 et 11 000 m d’altitude) volcanique se forme et se dirige vers l’Europe continentale, poussé par les vents dominants. Les cendres volcaniques qui le composent représentent un risque évident pour l’aviation civile, les espaces aériens de nombreux pays doivent être fermés préventivement (avec trop d’emportement pensera t’on parfois a posteriori) : 60 000 vols sont annulés (pour 7 millions de passagers concernés) (ref : http://controverses.ensmp.fr/public/promo10/promo10_G11/accueil.php?id=000018 ), ce qui créera une énorme panique à l’échelle mondiale. Mais, le trafic aérien n’est pas le seul à souffrir de l’éruption du Eyjafjöll : les jökulhlaups qui se déclenchent détruisent des routes, des cultures et des fermes. Les chutes de cendres et de tephras qui se produisent dans les environs, recouvrent paysages, bâtiments et routes. L’activité explosive se poursuit jusqu’au 23 mai, mais l’intensité des explosions diminue. L’éruption est considérée comme terminée le 27 octobre 2010.

Il n’y eut toutefois ni blessé ni victime grâce à l’évacuation préventive des habitants et à la fermeture d’une partie du réseau routier.

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  • Krafla

Le « petit » volcan Krafla (818 m d’altitude) se trouve au nord/nord-est de l’Islande. Le sommet du Krafla est constitué d’une caldera de 10 km de diamètre.

On lui connaît 29 éruptions historiques depuis le 17 mai 1724. Le magma s’écoule en général le long d’une fissure orientée Nord-Sud.

Sa dernière éruption s’est déroulée entre 1975 et 1984, avec une coulée d’une extension maximale de 19 km et d’une épaisseur maximale de 8 mètres. Entre les 4 et 18 septembre, lors de la dernière phase de cette longue éruption, des fontaines de lave jaillirent à plusieurs centaines de mètres de haut le long d’une une fracture de 8,5 km de long. Le nuage de SO2 produit lors de l’éruption fut détecté jusqu’en Estonie, à 2200 km de l’Islande. Le soufre, toujours le soufre…

  • Eldfell

Il est situé sur l’île de Heimaey, dans l’archipel Vestmann. Vestmannaeyjar est un groupe d’îles volcaniques et de cônes sous-marins, posés sur un plateau en eau peu profonde au large de la côte sud/sud-est de l’Islande.

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Les îles Vestmann; au SSE de l’Islande

 

Eldfell est « né » brutalement le 22 janvier 1973. Ce jour-là, vers 2 heures du matin, une énorme faille de 1800 mètres de long s’ouvre dans l’est de l’île. Elle crache des flots de lave, de gaz et de cendres et surprend les habitants dans leur sommeil. C’est une femme qui, regardant par la fenêtre et voyant des colonnes de feu monter dans le ciel, donne l’alerte. Les autorités décident d’évacuer la majorité des 5000 habitants de l’île la nuit même. Le 31 janvier de cette année, la ville voisine est recouverte de cendres volcaniques avec, par endroit, plus de 4 m d’épaisseur. Le 3 juillet, les services de protection de l’île déclarent que l’éruption est terminée. Le volcan a produit 250 millions de m3 de laves et de cendres et près de 400 maisons (plus de 30% de la ville) ont été détruites.

L’éruption de 1973

1973, c’était hier…et même si ce n’est pas précisément ce volcan-là qui est candidat à une éruption prochaine, Edfell donne la mesure de ce dont les volcans islandais de l’archipel Vestmann sont capables.

  • Surtsey surgie des eaux

Surtsey est une île située au large de la côte méridionale de l’Islande, à l’extrémité sud des îles Vestmann. Elle s’est formée à la suite d’une éruption volcanique qui a commencé à 130 mètres sous le niveau de la mer, aux alentours du 10 novembre 1963, a atteint la surface le 14 et s’est terminée le 5 juin 1967. C’est à cette date que l’île a atteint sa superficie et sa hauteur maximales avec 2,65 km2 et 173 m d’altitude. Depuis, sous l’action érosive du vent et des vagues, la surface l’île a diminué pour ne mesurer plus que 1,41 km2 (en 2008). Son diamètre maximal à la base est de 2,9 kilomètres et sa hauteur est de 285 mètres depuis le plancher océanique (155m d’altitude)

Ce furent les colonnes de cendres émergeant de l’eau qui attirèrent l’attention du patron d’un chalutier croisant au sud de l’Islande : le 14 novembre 1963 à 07h15 l’alerte fut donnée.

À 11h00, le panache volcanique avait déjà atteint 6 km de haut. A compter du 4 avril 1964, le dynamisme devint franchement aérien. L’éruption cessa totalement le 5 juin 1967 et dès cette date c’est l’érosion qui prit le dessus. A terme, elle provoquera la disparition totale de Surtsey.

Naissance d’une île: Surtsey

Une seule éruption a été observée à Surtsey, c’est un volcan monogénique. Le volcanisme monogénique est typique des îles Vestmann. Une île=une éruption et vice versa. Il existe donc peu de chances que de nouvelles éruptions surviennent à Surtsey. Par contre, il est tout à fait possible qu’une nouvelle éruption donnant une nouvelle île se produise au sein de cet archipel.

De telles éruptions sont difficiles à prévoir et évacuer les populations n’est pas facile du fait de leur isolement. Ces deux facteurs combinés font des iles Vestmann une zone à haut risque volcanique. 

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Conclusion synthétique

On l’aura compris, au terme de cette nomenclature non exhaustive des principaux volcans potentiellement dangereux en Europe, le risque volcanique est tangible, réel. Je vais, pour clarifier l’ensemble du propos, vous livrer une petite synthèse, que je débute en redéfinissant brièvement ce qu’est le risque naturel.

Le risque naturel, dans un cadre général, s’exprime par la conjonction de l’aléa et de la vulnérabilité. L’aléa, c’est le phénomène naturel potentiellement dangereux (ici le volcan) et la vulnérabilité c’est la sensibilité de l’endroit où se produit l’aléa. Je vais rendre tout ça plus clair avec un exemple simple : si on considère un volcan dont les éruptions sont violentes (aléa fort) mais qui se trouve dans un endroit désert (vulnérabilité faible) le risque reste faible (c’est le cas au Beerenberg).

Pour faire une synthèse du présent exposé, sur l’ensemble du risque volcanique en Europe, je vais considérer 3 types de zones en terme de vulnérabilité et 2 grandes catégories d’aléas.

Sur le plan de la vulnérabilité (ou enjeu), on peut récapituler en trois cas de figure: une échelle locale avec une faible concentration de population, un échelle locale à forte concentration de population et une échelle plus globale.

Concernant les risques de « première proximité », il s’agit la destruction des habitations, des infrastructures et de la ruine des cultures. Plus la densité de population est importante, plus l’enjeu, et avec lui risque s’élève (à aléa constant= pour un même type de volcan). Dans le cas de centaines de milliers de personnes vivant aux pieds d’un volcan, comme au Vésuve et autour des Champs Phlégréens par exemple, l’occurrence d’un évènement de grande ampleur devient particulièrement inquiétante.

Mais, en Europe, le risque global existe également. Des éruptions sont susceptibles de tous nous toucher, non pas par la menace directe de l’évènement considéré mais par les phénomènes associés. Je pense ici à l’exemple du Laki, en 1783, qui a été catastrophique pour l’Europe entière à cause de colossales émissions de gaz.

Enfin, ces trois plans sont à nuancer en fonction du type de volcan en présence, ces fameux deux sortes d’aléas que je souhaite distinguer. Certains volcans sont plutôt « faciles » à cerner, leurs signes pré-éruptifs sont francs. Dans ce cas, établir des cartes zonales de risques est assez aisé. D’autres, au contraire, sont beaucoup plus imprévisibles (Hekla, Nisyros, îles Vestmann) et dans ce cas l’anticipation est rendue parfois à néant. Je référerai ici au cas tout récent de l’Ontake. Même si ce volcan ne se trouve évidemment pas en Europe mais au Japon, il est emblématique de ce que sont un volcan une eruption « imprévisibles ». Le type d’éruption qu’il a connu le 27 septembre dernier est typique d’une éruption survenue quasiment sans signes précurseurs et ayant, de ce fait, causé de nombreuses victimes (voir « Ontake: eruption imprévue? » sur le Volcablog).

Le risque volcanique dans la vieille Europe est bien réel. Mais sommes nous préparer à l’affronter? Rien n’est moins sur.

Il faut bien finir en disant que, si pour les risques en local, les autorités sont en général bien conscientes du danger et font des efforts pour l’anticiper, il n’en est rien à une échelle plus globale. Le risque volcanique n’est pas au premier plan des préoccupations européennes, loin de là.

Gardons cependant toujours à l’esprit que les volcans font partie de notre décor. Et qu’ils sont capables de fureurs auxquelles nous ne sommes préparés ni d’un point de vue matériel, ni d’un point de vue intellectuel tant nous les réduisons pour la plupart du temps à des sortes d’objets folkloriques. Or le volcan est vivant, comme la Terre est vivante, nous pouvons faire le maximum pour les comprendre mais nous ne serons jamais en mesure de les maitriser.

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Avant le Christ ou avant le présent?

Où le simple fleurte toujours dangereusement avec le compliqué…

Quand on parle de datation de vieux machins (cailloux, fossiles ou restes d’hominidés), faut-il dire « avant le présent» ou « avant le Christ » ? BP ou BC ? Où commence le présent et où  finit le passé…

Dans le texte qui suit, et qui tente d’apporter une explication rigoureuse mais néanmoins compréhensible, je vais utiliser les termes anglo-saxons. En effet, les datations sont souvent notées avec ces termes anglo-saxons, même dans les texte écrits en français. Je résume :

Avant le christ = Before Christ ou BC

Avant le présent = Before Present ou BP

Posons le décor.

En pérégrinant cet été, je me suis rendue compte qu’appréhender le sens de ces abréviations était loin d’être évident pour tout le monde. Ce n’est pas un thème en lien direct avec la volcanologie, mais il me semble que c’est un thème important en géologie au sens large et qui sera utile à tous les curieux.

Cet été donc, devant les petites pancartes du Musée National de Préhistoire, puis au cours de discussions à bâtons rompus, j’ai observé les trois réactions suivantes :

Réaction 1 : il faut dire « Before Christ », ou plutôt avant Jésus Christ. Before présent est un terme qu’utilise les anglo-saxons. On l’utilise peu dans les pays francophones.

 Réaction 2 : Ah ben tiens on dit « Before present »… au nom de la laïcité. Exit le Christ dans le langage scientifique.

 Réaction 3 : face à deux articles différents sur Otzi, l’un le situant à -5300 et l’autre -3300 : deux dates différentes ? Ils n’en savent pas tant qu’ils disent les soi-disant scientifiques, hein ? (Voir ma petite infographie ci-dessous)

Otzi, homme des glaces...mais quel âge a t'il??
Otzi, homme des glaces…mais quel âge a t’il??

Alors, qui a bon ?

Et ben personne. « Before Present » et « Before Christ » sont deux appellations différentes avec des significations différentes.

Avant le Christ (BC)…

Before Christ, « avant le Christ », c’est plutôt simple, cela réfère à Jésus-Christ. C’est l’Anno Domini qui en est le point de départ, l’année estimée de la naissance du Christ parfois notée AD.

Encore que, ça ne soit pas simple…D’abord, avant le Christ prend l’an 1 comme année de référence et non pas l’an zéro (qui n’a jamais eu lieu). Ensuite, il convient également de préciser que cette année 1, telle que nous l’utilisons, et basée sur la naissance du Christ, est également ouverte à de larges discussions. Elle est le fruit de l’interprétation de textes anciens (les évangiles entre autres) par nos prédécesseurs… mais je ne vais pas davantage vous pimenter la tambouille.

Before Present ou Before Christ? FIGHT!
Before Present ou Before Christ?
FIGHT!
Avant le présent (BP)

Et Before Present ? Avant le présent ? Le présent, c’est maintenant donc c’est 2014. Bon, c’est vraiment compliqué alors, parce que le présent ça change tout le temps! Si Otzi avait 5300 ans BP en 1991, il devrait avoir maintenant 5323 ans BP… C’est pénible si ça change tous les ans !

Oui, mais heureusement pour nous ( ?), les datations « BP » sont des datations absolues et il est convenu que le présent s’est arrêté en 1950 ! Mais pourquoi donc me direz-vous ? A cause de l’activité humaine vous répondrai-je.

En effet, à partir de 1950, l’homme pratique des essais nucléaires, cette activité perturbera drastiquement la répartition des isotopes utilisés en radiochronologie (en particulier le carbone mais pas que). D’ailleurs en anglais BP est parfois interprété comme « Before Physics ». Les essais ont radicalement changé le rapport mondial carbone 14 sur carbone 12. D’un point de vue de la radioactivité, le présent de notre planète s’est figé en 1950… tout un symbole.

«Soyez rassurés, le présent s’est arrêté en 1950!»

Cependant, il y a une autre raison dans le choix de cette date. 1950 marque les premières datations au carbone 14, les balbutiements de la radiochronologie. Mais il ne s’agit pas d’être sentimental : en 1950 sont constitués des échantillons de référence. Il faut savoir que, pour utiliser les méthodes de radiochronologie (cliquez sur le lien pour avoir une définition), il ne suffit pas de faire des rapports isotopiques: des calibrations sont nécessaires et qui dit calibrations dits échantillons de référence (une sorte de mètre étalon en somme). Il s’agit enfin d’une convention bien nécessaire pour palier au premier problème que j’ai évoqué : le présent change tout le temps.

Le choix de cette date (présent=1950) a donc une triple raison : début des essais nucléaires qui troublent les rapport isotopiques mondiaux, création d’échantillons de référence nécessaires aux calibrations, et enfin obligation de se fixer un cadre conventionnel de calcul.

La conversion selon Sainte Datation

Comment donc maintenant passer d’un âge BP (avant le présent) à un âge BC (avant le Christ), et réciproquement ?

Si on regarde la chose simplement, 1949 ans séparent le BP du BC… Mais en fait, ce n’est pas vraiment le cas. Pour être précise, il me faut donc être cruelle et vous préciser qu’il n’y a pas de relation linéaire entre les 2. Une année calendaire n’est pas égale à une année de radiochronologie.

Je n’insisterai pas davantage là-dessus, car il est vrai qu’un écart de 2000 ans entre âges BP et BC est un bon ordre de grandeur. Et c’est celui qu’il faut retenir.

Exemple2
Voilà un autre exemple

Si on veut simplifier, on a

Age BP= âge BC + 1949 ans

Et en arrondissant :

Age BP= âge BC + 2000 ans

Oui, on peut arrondir à 2000 ans, il faut rester modeste. Parfois, on n’est pas à 50 ans près. C’est vrai.

Signification et cogitation

Ainsi, on comprendra que, quand on se promène dans un musée ou qu’on lit des articles sur des vieux nonos ou des vieux cailloux, il faut être vigilant quand on lit les datations. Dans des cas comme celui d’Otzi, 5300 et 3300 ans qui ne sont apparemment pas la même chose, sont en fait équivalents. Tout est question d’unité si on peu dire. 5300 ans BP c’est bien à peu près 3300 ans BC.

Ceci étant dit, cette différence va devenir pour ainsi dire négligeable dans des cas comme celui de mon mégacéros, qui est là haut en photo de Une (il est kawaï pas vrai?). Le mégacéros est apparu il y a 2 millions d’années. Imaginez 2 millions d’années. Si on en trouve un spécimen et qu’on le date, on se devra de préciser BP ou BC, c’est évident. Ceci dit, que seront 2000 ans pour 2 millions d’années. Cela ne représente plus que 0,1% d’erreur, une très faible marge d’erreur.

De même ; lorsque nous utilisons la radiochronologie pour dater des roches dans un complexe volcanique: quand on travaille sur des complexes récents (disons la chaine des Puys), il est important de préciser BP ou BC: 2000 ans de plus ou de moins, sur des volcans vieux de 10000 ans et moins, cela compte. Mais quand on travaille sur des complexes beaucoup plus âgés (disons le Cantal, plusieurs millions d’années) ces 2000 ans de différence ne revêtent qu’une importance relative. Tant et si bien que parfois, le « BP » n’est pas mentionné mais sous-entendu pour les âges géologiques les plus reculés. Pourtant, dans tous les cas, il est également important de savoir quelle méthode a servi à la datation. Une question de rigueur, encore et toujours

Les amours impossibles du simple et du compliqué vous dis-je…

Tout cela pour dire que l’important n’est pas toujours le chiffre au sens strict de sa valeur. L’important c’est de savoir et de comprendre de quoi on cause, voilà tout

Sept risques volcaniques capitaux

Blabla introductif

7 risques volcaniques capitaux …7 comme les 7 pêchés: sulfureux, et à l’origine du Mal.

Ok. J’aurais pu dire comme les 7 nains aussi, oui, mais bon c’était moins « punchy »

Et puis 7, pourquoi se cantonner à 7 ? Oui parce que j’entends déjà des voix s’élever… mais non, il y en a 9, mais non 10 !

Mais je tranche dans le lahar…Et c’est là que les 7 risques volcaniques se mettent en résonance des 7 pêchés capitaux, parce qu’ils sont 7 risques ou plutôt 7 phénomènes capitaux, dans le sens strict du terme « capital » (du latin « caput », la tête qui dirige : le reste suit): d’eux découlent tous les autres malheurs volcaniques tels que famines, changements climatiques … conséquences secondaires pour moi, résultant bien d’un ou plusieurs de mes 7 risques « capitaux ».

In fine, il s’agit de présenter 7 phénomènes volcaniques majeurs à considérer pour envisager des actions de prévention/prévision.

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Cliquer sur ce lien pour agrandir: Tableau des risques
De l’importance de l’information faite aux populations

Le propos est de rester simple et concis et en cela, je me cale, très modestement, sur le travail effectué par Maurice Krafft.

Explications. En 1990, Maurice Krafft sort un film « Understanding volcanic Hazards » qui a était traduit en français par « Vivre sous la menace des volcans ». Cette vidéo est réalisée  en collaboration avec le IAVCEI (International Association of Volcanology and Chemistry of the Earth’s Interior) et diffusée par l’UNESCO.

Quelle est l’importance de ce film ? Ce film est le premier pas vers une information systématique, simple et de qualité donnée aux populations vivant aux pieds des volcans. Pour que les personnes concernées comprennent pourquoi on les évacue, et ce à quoi elles sont exposées. Ce qui n’est pas forcément évident pour des personnes habitant sur les flancs d’un volcan qui a connu des décennies ou des siècles de dormance. Le risque s’est dilué dans la mémoire des hommes et la succession des générations.

Maurice présente, dans un film d’une trentaine de minutes, les 7 phénomènes volcaniques dont ils peuvent être victimes. Enfin, un pas est fait vers les populations qui d’ordinaire, n’ont pas accès à ce genre d’information scientifique.

Malheureusement, il est impossible de vous diffuser ici des images de ce film : elles sont protégées par le droit d’auteur. Cependant le dvd (hé hé, oui quand même ce n’est pas une cassette) est encore en vente via le IAVCEI (suivre ce lien). Pour information, le IAVCEI est une association d’importance dans la vie du volcanologue professionnel : elle organise des congres annuels qui nous permettent de nous rencontrer et édite une revue internationale de grande qualité dans laquelle nous pouvons diffuser nos articles de recherche.

Un outil pour comprendre de que je raconte…

Toujours dans un souci de concision, j’ai reporté dans un tableau ces 7 fameux phénomènes, raccourcis en risques volcaniques. Si vous ne vivez pas au pied d’un volcan, vous ne vous sentirez pas directement concernés, certes. Mais si, malgré tout, vous lisez ces lignes, c’est que vous êtes curieux et une petite synthèse vous sera sûrement utile.

En gros, tout est dans le tableau, je voulais qu’il serve un peu de référence pour tout ce que je vais raconter par ailleurs. En particulier parce que d’ici à peu, je viendrai parler du risque volcanique en Europe (c’est les vacances, vous allez peut être partir n’est ce pas ?).

Comme ce tableau de synthèse le montre, on peut diviser les risques en deux catégories : les directs et les indirects.

Les risques 1 à 4 sont des conséquences directes de l’éruption et se produisent de façon immédiate. Les risques 5 et 6 apparaissent différés dans le temps, ils peuvent suivre l’éruption de plusieurs jours, mois ou années. Le risque 7 peut également être différé dans l’espace.

Un même volcan peut présenter différents types de risques simultanément ou successivement.

A la suite du tableau, vous trouverez des vidéos qui illustrent chacun de ces phénomènes, histoire de savoir à quoi tout ça ressemble.

Mise au point sur le « dynamisme »

Je fais juste une petite explication pour la colonne « dynamisme » : le « dynamisme » d’un volcan, c’est la façon dont il marche, dont il s’exprime. Et la façon dont il marche est éminemment liée aux propriétés du magma (en particulier la viscosité et la teneur en gaz), propriétés elles-mêmes liées au contexte global et local dans lequel ledit magma se met place.

Il existe une graduation continue entre une activité effusive (les laves s’écoulent sans heurt) et purement explosive. La violence de l’éruption va graduellement de l’effusif pur jusqu’à l’explosif le plus extrême atteignant alors des forces cataclysmiques. Entre les deux, tous les intermédiaires sont possibles.

Au début du XXème siècle, Mercalli, géologue italien, initie le classement des éruptions selon leur violence en se basant sur l’observation de volcans bien connus (Vulcano, Stromboli, Pelée). On aboutit à la classification dont on entend souvent les noms (vulcanien, strombolien, peléen). Cette classification est pratique, familière mais elle est éminemment subjective et renvoie de nos jours à la volcanologie de grand-papa. Une même éruption peut connaître successivement des phases correspondant à ces termes. Ces termes ne rendent pas compte de toutes les variantes qu’un même volcan peut subir Si, je me laisse parfois aller les employer, je ne leur ai pas laissé la place ici. J’ai simplement indiqué le degré d’explosivité nécessaire à la production des phénomènes cités.

Je consacrerai un article plus complet à cet épineux sujet : la classification des éruptions, histoire de vous présenter un peu les alternatives au classement de Mercalli. En bref, les classifications modernes se basent plutôt sur le contexte géotectonique où le volcan se trouve (zone de subduction, de divergence de plaque ou intra-plaque). D’autres encore, très pertinentes, s’appuient sur la façon dont les gaz se libèrent du magma (voir en paticulier Yuri Slezin dans « The mechanism of volcanic éruption »).

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Cliquer sur ce lien pour agrandir: Tableau des risques

Quelques vidéos pour illustrer:

 

  • Une coulée de lave (fluide)

C’est classique, c’est su, c’est connu… mais c’est toujours plaisant à regarder.

  • Retombées de cendres et ponces

J’ai déjà mis des photos et vidéos montrant des panaches de cendres et ponces en formation. Tant que le panache s’élève, tout va bien ou presque. Les problèmes arrivent quand le panache s’effondre violemment et/ou que les éléments qui le constituent retombent. Pour simplifier les particules plus fines et légères (les cendres) vont aller loin loin de l’évent et mettre plus de temps à tomber sur le sol, elles constituent alors une « pluie » lourde de conséquences.

Ici, le cas récent du Sinabung, qui a malheureusement causé la mort de plusieurs personnes au début de l’année.

 

  • Un écoulement pyroclastique

Ici, on voit bien le fonctionnement le l’écoulement, avec une ressemblance certaine avec une avalanche « de neige ». L’ecouelement pyroclastique a lieu sur le flanc du volcan, au sol donc.

 

  • Les gaz volcaniques

Difficile de mettre des image de quelque chose d’aussi peu matériel!

Mais cette video tournée sur le Papandayan est assez parlante tout de même.

 

  • Un lahar (coulée de « boues » volcaniques)

 

  • Les éboulements, glissements de terrain

Celui du Saint Helens est le plus important jamais filmé.

 

  • Les tsunamis

Cette video montre un reconstitution des vagues supposées avoir été induites par les éruptions du Krakatoa et à Santorin